Estômago

Estômago

de Marcos Jorge

  • Estômago

  • Brésil, Italie2007
  • Réalisation : Marcos Jorge
  • Scénario : Lusa Silvestre, Marcos Jorge, Cláudia da Natividade, Fabrizio Donvito
  • Image : Toca Seabra
  • Montage : Luca Alverdi
  • Musique : Giovanni Venosta
  • Producteur(s) : Marcos Jorge, Cláudia da Natividade, Fabrizio Donvito
  • Interprétation : João Miguel (Raimundo Nonato), Fabiula Nascimento (Íria), Babu Santana (Bujiú), Carlo Briani (Giovanni), Zeca Cenovicz (Zulmiro), Paulo Miklos (Etcetera), Jean-Pierre Noher (Duce), Alexander Sil (Lino)...
  • Distributeur : Bodega Films
  • Date de sortie : 19 mai 2010
  • Durée : 1h52

Estômago

de Marcos Jorge

La soupe est chaude, mais manque de sel


La soupe est chaude, mais manque de sel

Soient deux tranches d’une même vie brésilienne, confrontées en montage parallèle. Temps 1 : un bleu est envoyé en prison, échoue dans une cellule pleine de durs-à-cuire où il doit veiller à son intégrité physique, et y gagne peu à peu respect et pouvoir grâce à ses dons de cuisinier. Temps 2 : le même bleu, rat des champs, se fait embaucher comme aide cuisinier dans un snack de São Paulo, s’entiche d’une prostituée qui ne fait que jouer le jeu (cliché de l’innocent qui croit trouver l’amour auprès d’une femme légère), passe du snack à un restaurant bourgeois, suit son petit bonhomme de chemin qui le mènera à la maîtrise de son art, mais aussi… en prison (voir temps 1). Autant dire que l’effet de parallélisme n’apporte guère autre chose que la démonstration de la même histoire racontée deux fois, du bis repetita vécu par le héros, de la même fable aux enjeux simples à énoncer (et fiers de cette simplicité, même quand ils relèvent du cliché bien discutable) illustrée en deux variantes siamoises. Où les aliments et l’artisanat qui les manipule (la cuisine) ont, apprend-on, un petit côté sensuel pas étranger au sexe (ah oui ? on est évidemment loin de l’offensive politique rentre-dedans portée par un Marco Ferreri), et où il faut se méfier des innocents (tiens donc).

Petite cuisine de la chair

Si la simplicité d’une fable est toujours plus une paresseuse garantie de confort de discours que le reflet de la nécessité d’une expression artistique moins facilement résumable, elle peut paradoxalement, puisqu’il s’agit d’une réponse fabriquée et peu sincère, nécessiter quelques efforts visibles pour se faire illustrer. Le réalisateur Marcos Jorge ne coupe pas à cette besogne, pour faire passer au forceps sa trinité manger/baiser/régner comme s’il n’avait rien d’autre à dire. Décidément amateur du bis repetita, il lui faut deux fois le même plan pour bien faire comprendre qu’en prison, plus haut on est dans la hiérarchie, plus on est à l’abri de la sodomie. Deux fois on entendra un aphorisme sur le modèle «[tel aliment] c’est comme le cul d’une femme » (et les dernières minutes d’en remettre une couche finale en un plan dilaté à l’excès et espérant choquer le bourgeois). Quelques plans font dans le paillard juteux en réunissant bouffe et cul, en faisant comme si la corrélation était une évidence (inutile donc, selon lui, de creuser la question). Le film espère se créer un discours gentiment subversif avec seulement cela : des raccourcis visuels et verbaux dont le simplisme appelle une adhésion sans discussion – et n’en est donc que plus discutable. Mais à force de vouloir se faire lisible et condensé, il n’en arrive qu’à étaler la pauvreté de son regard sur les ingrédients de sa petite cuisine, le rapport au corps, à la chair et à la nourriture, le sexe, la prison, les luttes de pouvoir etc. Pas vraiment de quoi se taper le ventre.

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