Blanc comme neige

Blanc comme neige

de Christophe Blanc

  • Blanc comme neige

  • France2010
  • Réalisation : Christophe Blanc
  • Scénario : Christophe Blanc, Roger Bohbot, Béryl Peillard
  • Image : Laurent Brunet
  • Décors : François Girard
  • Costumes : Catherine Rigault
  • Son : Olivier Hespel
  • Montage : Guy Lecorne
  • Musique : Krishna Levy
  • Producteur(s) : Bertrand Gore
  • Production : Need Prods, Blue Monday Productions, MK2 Productions
  • Interprétation : François Cluzet (Maxime), Olivier Gourmet (Grégoire), Louise Bourgoin (Michèle), Jonathan Zaccaï (Abel), Bouli Lanners (Simon), Pertti Koivula (Matti), Ilkka Koivula (Jukka)…
  • Distributeur : MK2 Diffusion
  • Date de sortie : 17 mars 2010
  • Durée : 1h54

Blanc comme neige

de Christophe Blanc

Un thriller qui laisse de glace


Un thriller qui laisse de glace

Christophe Blanc a voulu travailler les motifs du film de gangster pour proposer une forme alternative d’un de ses sous-genres : le thriller, qui devient ici familial. Maxime, victime d’un chantage mafieux, entraîne toute sa famille dans sa chute, pris dans l’engrenage du mensonge et de la peur. L’exercice de style est louable dans un contexte français souvent revêche à penser la cinématographie nationale en termes de genres. Malgré son ambition générique, Blanc comme neige ne parvient pas à convaincre : la tension peine à prendre de l’ampleur, avant de se figer définitivement dans la glace finlandaise.

Simon (Bouli Lanners) et Maxime (François Cluzet) sont responsables d’une concession de voitures de luxe et vivent très confortablement. Mais Simon a monté sa petite affaire parallèle et refourgue des véhicules à des mafieux finlandais, fort peu contents de ses services. Son assassinat est maladroitement déguisé en accident, ce que Maxime prendra quelques temps à réaliser pleinement… Il se retrouve responsable des dettes de son ami défunt et refuse de se rendre à la police, de peur d’être considéré comme complice de ces malversations. Maxime vit dans la peur. Pas seulement celle de subir le même sort que son ami ou de voir ses proches en danger, mais aussi celle de tout perdre : son statut social, son confort matériel, sa femme, trop jeune, trop belle, trop intelligente pour lui (Louise Bourgoin). L’intérêt du film réside dans la construction de ce protagoniste à l’opposé du schéma habituel de « l’homme ordinaire confronté à une situation extraordinaire ». Contrairement au héros hitchcockien accusé à tort et défendant son innocence, Maxime n’est pas si pur que cela. Coupable de son aveuglement et de ses mensonges en cascade, il demeure figé dans sa lâcheté, incapable d’endosser aucune responsabilité, profondément humain et agaçant à la fois. Il envoie ses frères au charbon (deux pauvres bougres auxquels il a refusé un prêt malgré sa grande fortune personnelle) plutôt que de se salir les mains et ment de façon éhontée à une épouse réduite au rang de « femme-trophée ».

Mais de la page à l’écran, Blanc comme neige ne parvient pas à trouver son envol. Tout d’abord, certaines zones d’ombre empêchent de croire à cette histoire de spirale infernale. Comment Simon a‑t-il réussi à détourner tant de véhicules sans être repéré par son associé ou les fabricants ? Les défections observées par les acheteurs mécontents sont-elles réelles ou constituent-elles seulement un prétexte de racket ? Loin d’être accessoire, l’absence d’éléments pour répondre à ces questions contribue à affaiblir une intrigue dont on peine à accepter la logique, dont le point de départ apparaît comme un prétexte faiblard. On ne comprend pas non plus comment Michèle, très instruite, a pu abandonner son métier d’interprète pour le confort vénal d’une villa aux côtés d’un concessionnaire de voitures. Outre sa construction bancale, cet unique personnage féminin est condamné à la passivité et à la soumission, cantonné à la périphérie de l’action, accessoire, subsidiaire… Bref, nauséabond. Ce rôle ne demande à Louise Bourgoin que de balader son joli minois et sa plastique impeccable d’un décor à l’autre et ce n’est pas encore ici que l’on verra éclore l’actrice sous la présentatrice météo.

Le film donne l’amère impression d’être bâti tout entier sur l’idée de la seule scène de la poursuite armée dans la neige. Apportant une figuration concrète au titre, la plaine finlandaise immaculée permet de réaliser une longue séquence à l’esthétisme soigné, réduisant le reste du film à un prétexte creux. Les pays scandinaves fascinent, si proches et si lointains à la fois, si semblables et si différents de notre Europe occidentale. Certes, le projet initial de Blanc comme neige est antérieur à la reconnaissance internationale du thriller et du polar scandinaves en littérature et au cinéma. Mais le film donne aujourd’hui l’impression de surfer sur un engouement consensuel pour ces nouvelles terres d’exotisme, en quittant la France pour perdre ses personnages dans une zone de Finlande indéterminée dans sa partie finale. Dans la pure tradition du genre, la voix de Maxime clôt un récit construit en flash-back, comme elle l’avait ouvert, mais pour en proposer une conclusion fort hâtive. Un plan fugace, presque subliminal, sert de point final. Et tout le film bascule dans le fantastique en trois secondes, avant que l’écran ne sombre dans l’obscurité. Les événements successifs subis par Maxime ne seraient que les étapes d’une gestation traumatique. Dans le blanc immaculé d’un décor utérin baigné de sang, celle-ci aboutit à la seconde naissance d’un homme qui avait oublié de vivre et d’aimer à trop vouloir posséder. Quel dommage que la rapidité du dernier plan ne laisse pas le temps d’apprécier une conclusion qui ne parvient pas à s’imposer, à l’issue d’un récit poussif.

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