Bus Palladium

Bus Palladium

de Christopher Thompson

  • Bus Palladium

  • France2010
  • Réalisation : Christopher Thompson
  • Scénario : Christopher Thompson, Thierry Klifa
  • Image : Rémy Chevrin
  • Montage : Célia Lafitedupont
  • Musique : Yarol Poupaud
  • Producteur(s) : Cyril Colbeau-Justin, Jean-Baptiste Dupont
  • Production : LGM Cinéma
  • Interprétation : Marc-André Grondin (Lucas), Arthur Dupont (Manu), Élisa Sednaoui (Laura), Géraldine Pailhas (Prune Angelli), François Civil (Mario), Jules Pelissier (Jacob), Abraham Belaga (Philippe), Karole Rocher (Françoise), Dominique Reymond (Marina), Naomi Greene (Rizzo), Noémie Lvovsky (la psychologue militaire), Solange Najman (Babcia/Babu), Agathe Bonitzer (Myriam), Philippe Manœuvre...
  • Date de sortie : 17 mars 2010
  • Durée : 1h40

Bus Palladium

de Christopher Thompson

No Satisfaction


No Satisfaction

Si l’on devait réduire Bus Palladium, premier long-métrage du scénariste Christopher Thompson, à une équation, ce serait sans conteste celle-ci : Bus Palladium – le look cinéma = un épisode d’Hélène et les garçons… C’est dire à quoi tient tout le film : à son look.

À l’heure où pullulent les revues de cinéma en ligne, à l’heure d’un accroissement cacophonique des discours sur TOUT ce qui paraît, Bus Palladium a au moins le mérite de nous poser une question. Est-il vraiment pertinent de se pencher sur tous les films qui sortent ? D’en dire au moins un petit quelque chose, juste pour en dire quelque chose ? Ne se fait-on pas l’esclave de l’actualité à courir vainement derrière une exhaustivité illusoire ? Certains films empilent tant de clichés, font preuve d’une telle servilité vis-à-vis des représentations dominantes, qu’ils ne bénéficient pas même du vif intérêt qu’on peut accorder aux objets symptomatiques. Tout ce qu’il y aurait à en dire a déjà été dit maintes fois. À ce petit jeu du commentaire à tout prix, favorable ou non, mais toujours tiède, la critique risque fort de verser dans le piège tendu par les promoteurs. À force de tout couvrir – de poser une couverture sur tout – on finit par ne plus rien reconnaître. Peut-être parfois le meilleur rôle que puisse jouer la critique est-il tout bonnement de se taire. De faire silence autour de son objet. Mais puisque nous avons signé, repartons pour un tour (et en avant, jeunesse) !

On ne fera pas au lecteur l’affront de lui résumer l’intrigue de Bus Palladium. Disons qu’il s’agit là du énième récit d’ascension d’un groupe de rock. Quelques beaux jeunes gens jouent de la musique et gravissent les marches du succès. Au bout de la course, quelque chose de leur énergie, de leur jeunesse, de leur amitié, s’est érodé au gré des rivalités amoureuses, des conflits d’ego et de divers excès. Vous apprendrez donc que le rock brûle d’une flamme suicidaire et que les adolescents qui refusent de grandir meurent plus tôt que les autres. Sauf que Bus Palladium peut se lire aussi, à son corps défendant, comme le fantasme de réussite de certaines classes aisées, ou comme la promotion de leur idéal d’existence. Pris sous cet angle, on se rend compte avec quel systématisme le film évacue tout ce qui aurait pu intéresser dans un tel sujet : la création d’une identité singulière au cœur d’une scène (rock) saturée, l’incessante recherche des dates de concert, les négociations homériques avec les diffuseurs, l’écriture des chansons, leur instrumentation, le partage des recettes et des droits. Mais Christopher Thompson s’évertue à escamoter tout ce qui a trait au travail. Toute difficulté, tout ce qui devrait nécessiter un effort, des répétitions, du temps, de la durée (donc quelque chose à filmer), disparaît au profit d’une essence, d’un « être-formidable » censément évident et dont on nous demande un peu trop vite d’être convaincus.

Du coup, le parcours du groupe « Lust » est jonché de facilités. Tout, pour lui, glisse un peu trop aisément, comme sur une grosse plaquette de beurre. On nous demande de croire à son talent, à son mérite, à tout un ensemble de qualités que jamais le cinéaste ne prend soin de nous prouver, ni même de simplement nous montrer. Les performances « live » du groupe, fragile caution de sa légitimité, ne dépassent jamais la moitié de chanson, le premier ensemble couplet/refrain. Drôle de caution, qu’on prend vite soin d’escamoter elle aussi, comme un résidu gênant du travail en cours. Pour rattraper son sujet – la musique rock – le film récupère ces affreux tics du cinéma-juke-box, où un réalisateur s’occupe de nous prouver sa culture musicale, nous balance, au son, son petit panthéon personnel (dont on se contrefiche), sur des images de jeunes beaux et branchés, transis (gelés) dans une attitude.

Bus Palladium est très soucieux de ne jamais interrompre cette grande fête à laquelle, selon lui, la vie doit ressembler. Christopher Thompson n’a qu’une peur : celle de casser l’ambiance. Rien ne doit contredire (ou pas trop longtemps), ce « fun » de l’existence. Que le film porte le nom d’une mythique boîte de nuit des années 1980 n’a rien d’anodin : la vie s’y traverse comme une boîte de nuit qui ne fermerait jamais, où ses jeunes héros passent de fête en fête. Pour eux, le drame commence dès qu’on sort de la boîte, dès lors que l’ambiance fléchit. À force de voir la fin du monde au bout de la nuit — et de la craindre — le film est prêt à tout pour faire durer le plaisir, y compris à une irrecevable apologie du népotisme. Heureusement pour la survie du groupe, que la mère du guitariste est une star de la psychiatrie : elle peut ainsi contribuer à soustraire son leader à ses obligations civiles (le service militaire). Imaginez, sinon : il aurait dû faire comme tout le monde. La fête, le film, auraient été gâchés par une contrainte extérieure (c’est-à-dire en dehors de la boîte de nuit). Le désagréable espace public aurait fourré son nez sale dans cette aventure hyper-select, dont l’entrée est tout de même filtrée par un physionomiste. Le film de Christopher Thompson nous acculerait presque à recourir à la terminologie marxiste (mais nous résisterons) pour exprimer sa vérité profonde, sa philosophie de carré VIP : il y a ceux qui rentrent et ceux qui ne rentrent pas…

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