Le célèbre auteur de nouvelles policières, Mickey Spillane, avait créé un personnage de détective du nom de Mike Hammer. Le succès fut tel que celui-ci fit l’objet de deux adaptations cinématographiques, dont ce Solo pour une blonde interprété par l’écrivain lui-même et qu’on redécouvre aujourd’hui non sans une certaine circonspection.
Impossible de parler du film sans revenir sur l’incroyable succès de Mickey Spillane, créateur du personnage du détective privé Mike Hammer et interprète de celui-ci dans Solo pour une blonde (The Girl Hunters pour le titre original). Né en 1918, journaliste de mode puis auteur de quelques brèves policières, l’écrivain rencontra dès le début des années 1950 un succès absolument considérable avec ses nombreux romans policiers. Décrié par la critique littéraire qui ne voyait dans ses écrits que vulgarité et complaisance pour le sexe et la violence, l’homme n’est de toutes façons pas du genre à créer le consensus autour de sa personne : misogyne, phallocrate, populiste et fervent anticommuniste, Mickey Spillane était du genre à saborder toute approche critique de son œuvre en prenant pour acquis définitif le plébiscite public dont il faisait l’objet (preuve que l’anti-intellectualisme ne date pas d’hier). Il n’est donc pas étonnant que ses écrits aient pu attirer le petit monde du cinéma. Le réalisateur plutôt doué Roy Rowland décidait par la même occasion de laisser le soin à l’écrivain d’incarner lui-même le personnage de détective privé violent et amateur de femmes qui avait fait son succès.
Dans Solo pour une blonde, Mike Hammer entreprend de retrouver les meurtriers de sa secrétaire avec qui il avait par ailleurs une relation. Investi officieusement par une autre victime à l’article de la mort, le détective privé se retrouve en perpétuelle concurrence avec ses anciens collègues flics qui ne voient pas d’un très bon œil le retour sur le terrain de celui qui avait fini par se discréditer à force d’abus (alcool, violence). L’enquête l’amène à rencontrer la veuve (très sexy) d’un sénateur abattu dans d’étranges circonstances et avec qui il va vivre une passion aussi fiévreuse que fugace. On l’aura compris : plus qu’un véritable polar, Solo pour une blonde est avant tout le portrait d’un flic esquinté par l’existence et qui use de méthodes peu orthodoxes pour trouver les réponses aux questions qui l’obsèdent depuis la nuit des temps. Du coup, reléguée parfois au second plan, l’intrigue perd un peu en intérêt, noyée sous une flopée de personnages et de noms qui auront raison en quelques minutes seulement d’un spectateur vaguement concerné. Le parti-pris du film de se focaliser sur la figure du détective est intéressante en soi mais Mickey Spillane peine à prendre une distance vis-à-vis de ce personnage né du fruit de son imagination. Tout dans son jeu relève d’un premier degré qui prive souvent le film d’une certaine ampleur, au point qu’on se surprend parfois à sourire de cette démonstration de virilité un peu désuète. On ne s’attardera pas sur le personnage de la blonde du titre, étrange représentation de la femme fatale qui passe la moitié de sa vie (et des scènes du film) près de la piscine de sa somptueuse maison. N’est pas Lauren Bacall qui veut.
Reste ensuite la patte du réalisateur Roy Rowland. Tourné en 1963 à l’aune de sa carrière de réalisateur, Solo pour une blonde fait partie de cette vague de films britanniques qui n’hésitaient pas à emprunter les codes du film noir aux grands-frères hollywoodiens tout en y ajoutant une pointe de réalisme social typiquement européen, héritage certain de ce que tous les nouveau courants cinématographiques du début des années 1960 s’étaient attachés à mettre en place. Les scènes en extérieur sont fréquentes et, si le travail sur la lumière et les mouvements de caméra attestent d’un goût pour le classicisme, la direction d’acteurs laisse place à une certaine opacité – parfois déstabilisante – misant assez régulièrement sur le sous-jeu. Mais au-delà de l’intérêt historique que peut représenter de (re)découvrir le passage à l’écran du célèbre détective Mike Hammer, force est de reconnaître que ce Solo pour une blonde ne parvient que par trop courtes intermittences à raviver le charme suranné des vieux films oubliés.