La simplicité de l’enfance face aux difficultés des adultes, l’innocence comme rempart contre la peur : c’est cette opposition un peu simpliste et passe-partout que met ici en scène le Colombien Carlos César Arbeláez, dans le contexte réaliste du combat douteux de l’État contre un ennemi intérieur. Dans son film, un village de montagne est peu à peu déserté par ses habitants, chassés par les affrontements entre paramilitaires gouvernementaux et rebelles. Le film montre surtout la violence des premiers — celle des seconds ne se manifestant qu’à distance, ainsi par la pose de mines antipersonnel — mais le propos du film est ailleurs que dans ce parti pris qui s’avère d’intérêt purement dramatique. Au milieu de ces remous, une bande de garçons tente de conserver son enfance et son innocence, notamment à travers ses deux activités principales : l’école et le football. À l’école, on tente de conjurer la violence par l’éducation et l’éveil artistique (séquence-symbole de courage : on recouvre un graffiti belliciste par une fresque fédératrice), avant que la brave institutrice ne doive, comme ses prédécesseurs, prendre la fuite. Ce sont cependant les aventures des nos joueurs de foot qui rythment le film de leurs quelques saynètes, le marquant de leur empreinte symbolique pas indiscutable.
À un moment, le ballon des garçons tombe dans un coin de pré qui s’avère miné (fin de récréation sonnée par le « bang » d’un malheureux animal déchiqueté), mais malgré les interdits parentaux, trois d’entre eux vont, à plusieurs reprises, rivaliser d’ingéniosité pour tenter de récupérer leur bien par leurs propres moyens, même lorsqu’il ne leur sera de toute façon plus possible de jouer ensemble. Dans ces petites scènes d’action parfois tirées en longueur par des rebondissements, se trahit la faiblesse du point de vue du cinéaste. Alors instrumentalisés pour un suspense assez arbitraire car basé sur un postulat discutable (ils n’y risquent rien de moins que leur peau, mais ils y vont quand même, parce que c’est leur ballon et qu’il y va de leur enfance), les enfants perdent de leur vérité de personnages, trahissant leur écriture par des adultes, soudain plus proches de leur statut de figures au service de l’énoncé un peu facile (sauvons l’enfance contre la barbarie des grands) qui a déjà annexé le contexte politico-militaire pour toile de fond. Pour donner un peu de chair à ce message, il aurait fallu qu’Arbeláez ait un peu plus à dire sur l’enfance, la guerre civile ou même la montagne.