Soi Cowboy

Soi Cowboy

de Thomas Clay

  • Soi Cowboy

  • Royaume-Uni, Thaïlande2008
  • Réalisation : Thomas Clay
  • Scénario : Thomas Clay
  • Image : Sayombhu Mukdeeprom
  • Son : Thomas Clay
  • Montage : Thomas Clay
  • Producteur(s) : Tom Waller, Joseph Lang
  • Production : De Warrenne Pictures, Pull Back Camera
  • Interprétation : Nicolas Bro (Tobias Christiansen), Pimwalee Thampanyasan (Koi), Petch Mekoh (Cha)...
  • Distributeur : KMBO
  • Date de sortie : 20 avril 2011
  • Durée : 1h57

Soi Cowboy

de Thomas Clay

Les petites extases de Thomas Clay


Les petites extases de Thomas Clay

À Bangkok, un Européen et une Thaïlandaise vivent ensemble, mais elle répugne à se laisser toucher par lui. Il a des affaires dont il s’occupe à distance, elle vient du quartier chaud de Soi Cowboy. Le quotidien de ce couple-là, on s’en doute, n’est pas fameux. L’homme tente de s’attirer la tendresse de la femme en lui offrant des cadeaux, et ils finissent par partir en excursion dans les ruines d’un temple. Filmée dans un noir et blanc posé tâchant d’en accentuer le dépouillement, leur histoire occupe les deux tiers des deux heures que dure le film. Dans le dernier tiers, cadré à l’épaule et en couleurs, on suit le frère de la femme, entrevu précédemment, pour une intrigue mafieuse qui finit par recouper la première au sein du quartier de Soi Cowboy, révélant au passage le côté cruellement matérialiste et marchand de cette relation amoureuse. Effet de déstructuration calculé pour dévoiler brutalement l’hypocrisie sous un regard d’artiste ? Plutôt un dernier effet-choc concluant une série d’effets de manche.

Dès l’exposition des partenaires côte à côte dans leur lit, on sent que quelque chose cloche, qu’on veut nous imposer un discours, une idée, un pessimisme préfabriqué d’avance pour nous impressionner en se donnant une hauteur de vue illusoire. Trop facile de figurer l’inconfort d’un couple en jouant sur les clichés physiques résidant dans l’œil du spectateur, en mettant ensemble une petite jeune femme fragile et un gros blond guère avantagé par le climat qui le fait transpirer. Des plans longs à l’extrême, figés dans une posture d’entomologiste, maintiennent l’homme dans cet état d’objet repoussant : quand ils le filment en train de laver l’intégralité de son corps adipeux sous la douche ou de se masturber après un énième échec à faire l’amour avec sa compagne (échecs mis en scène à répétition), ils en font moins un personnage que l’instrument d’une observation qui ne cherche pas tant à capter une vérité qu’à trouver une représentation intimidante d’une idée préconçue. Quand elle ne se fait pas mousser sur le dos de son personnage-victime, la caméra s’attarde sur le vide auquel elle s’échine à donner un sens, se cherchant quelque chose à dire sur l’ennui du couple, le règne de l’argent ou simplement le temps qui passe par des travellings précautionneux sur un grille-pain en marche, une calculette ou une vieille dame déambulant dans un couloir.

Performance

Thomas Clay aime de toute façon les plans longs et les travellings élégamment courbes, qu’il case à tout bout de champ quand il s’agit de se donner l’air de marquer le coup, de laisser la trace d’un regard d’artiste : chez lui, c’est une question de performance. C’est que ce réalisateur reste animé, non d’une idée sincère et ouverte sur le monde, mais de la très hautaine et nombriliste envie de faire montre d’une virtuosité à laquelle il espère donner une raison d’être, avec la complicité active d’un chef-opérateur talentueux[1]Après la lumière soignée de Yorgos Arvanitis pour The Great Ecstasy of Robert Carmichael, Clay s’adjoint ici les services de Sayombhu Mukdeeprom, fidèle collaborateur de Weerasethakul. et celle, passive, du public intimidé qui y projette ses propres idées toutes faites. Ce plaisir solitaire de se regarder filmer était déjà le moteur de son précédent et premier long métrage, The Great Ecstasy of Robert Carmichael tourné dans son Angleterre natale. Celui-ci, qui faisait mine de jeter un regard implacable sur la sauvagerie humaine camouflée par les conventions sociales en déployant ses effets autour de la déchéance, des viols et des meurtres, camouflant sa complaisance derrière le hors-champ et la lenteur millimétrée des longues prises, était, malgré les efforts de certains — même à Critikat — bel et bien indéfendable dans son exploitation hypocrite des turpitudes humaines pour asseoir une prétendue supériorité de vision de cinéaste.

La distribution à la sauvette de son second long-métrage témoigne des aléas de la gloriole festivalière. En 2006, à la « semaine de la critique » du festival de Cannes, The Great Ecstasy of Robert Carmichael produisait l’effet escompté : cris de vierge effarouchée, claquements de sièges, division entre défenseurs intimidés d’un petit génie et contempteurs outrés d’un gros malin. En 2008, Clay revenait sur la Croisette, dans la catégorie « Un certain regard », avec son film suivant Soi Cowboy sous le bras : indifférence générale — pas assez de violence « radicale » et « sans compromis », sans doute. En 2011, on n’entend plus parler de Thomas Clay, et Soi Cowboy sort en France, seulement diffusé par le cinéma parisien Le Brady. Regrettable, vraiment ? À ceux que The Great Ecstasy… avait effarouchés, Soi Cowboy pourrait inspirer un peu plus de sympathie, puisqu’il sait se passer de l’épouvantail de la violence extrême. Mais sur le fond, l’hypocrisie de l’utilisation des images, la misère humaine du petit démiurge qui prétend pointer celle des autres, restent aussi peu fréquentables.

Notes

Notes
1 Après la lumière soignée de Yorgos Arvanitis pour The Great Ecstasy of Robert Carmichael, Clay s’adjoint ici les services de Sayombhu Mukdeeprom, fidèle collaborateur de Weerasethakul.

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