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Le Dernier Week-End

Le Dernier Week-End

de Ali Borgini

  • Le Dernier Week-End

  • France2009
  • Réalisation : Ali Borgini
  • Scénario : Ali Borgini
  • Image : Laurent Fleutot
  • Montage : Camille Conin
  • Musique : Daniel Roca
  • Production : Production 9
  • Interprétation : Daniel Dublet (Claude Dampierre), Hélène Arie (Jessica Dampierre), Jean-Marie Mistral (Sébastien Rochefort), Élise Berthelier (Solène Petetier)...
  • Distributeur : Productions 9
  • Date de sortie : 12 octobre 2011
  • Durée : 1h45

Le Dernier Week-End

de Ali Borgini

Film d'auteurs


Film d'auteurs

Une tentative, pour les intermittents du spectacle inscrits à l’antenne Alhambra du Pôle Emploi, de faire leurs preuves : voilà ce qui préside à la création de ce Dernier Week-End – une création soutenue, chapeautée par le Pole Emploi lui-même. Autant dire que nous ne sommes pas dans les circuits de production traditionnels. Ce qui aurait pu n’être « que » un court-métrage, gravé sur DVD pour agrémenter le CV des participants, se trouve aujourd’hui sortir sur les écrans : entre autres choses concernant le film, voilà une excellente surprise.

Le Dernier Week-End baigne dans une ambiance à la Festen[1]Le réalisateur, Ali Borgini, reconnaît lui-même cette parenté – même s’il assure qu’elle ne lui est apparue qu’après coup. : Claude Dampierre, vieux patron d’industrie acariâtre, est au crépuscule de sa vie. Redoutablement riche, l’homme réunit ses proches et sa famille pour un week-end dont il leur promet qu’il sera surprenant. Tandis que le vieil homme laisse planer le doute sur l’invité mystère qu’il n’a encore révélé à personne, tous intriguent dans la coulisse pour dérober le magot de l’avare…

Les conditions de la création du Dernier Week-End doivent-elles nous suggérer de considérer le film selon d’autres critères que ceux habituels à la critique ? Ce serait faire preuve d’une indulgence bien trop méprisante. Parce que les comédiens du film, parce que le réalisateur ont manifestement fait œuvre de cinéma, c’est comme une œuvre qu’on considérera Le Dernier Week-End.

Ali Borgini est, selon ses propres termes, issu d’« un groupe de cinéaste “de gauche” » qui, au lendemain de mai 1968, a décidé de fonder l’IFC, concurrente de l’IDHEC, qu’ils considéraient comme une école bourgeoise. L’aventure dure six ans, avant que le vol du matériel de l’école ne la force à fermer ses portes. Suite à cette formation militante, Ali Borgini campe sur ses positions, et réalise quelques films sans jamais vouloir se plier aux règles de l’establishment, ce qui nuira férocement à sa carrière. Depuis, il produit, et réalise des documentaires. Contacté par le Pôle Emploi, il va donc reprendre la caméra pour un court métrage, qui deviendra Le Dernier Week-end. Si le film peut, parfois, s’apparenter à un catalogue de scènes, où chacun des acteurs peut, à tour de rôle, faire montre de ses capacités, Ali Borgini ne se laisse cependant pas déborder. Amoureux du Cabinet du docteur Caligari de Robert Wiene, il joue, la nuit venue, des lumières et du cadre, ce qui contraste âprement, de façon inquiétante, avec l’esthétique sage de la première partie du film.

Il joue du mystère aussi : fausses pistes et dialogues mystérieux émaillent le film, le plaçant donc autant dans la filiation de Festen que dans la tradition du whodunit. C’est, d’ailleurs, une façon fort sage de mêler la narration pure, et la nécessité de ménager des scènes pour chacun des acteurs. Parmi ceux-ci, si de nombreux interprètes sonnent tout à fait juste, le film repose surtout, évidemment, sur la composition remarquable de Claude Dampierre, dans le rôle du vieillard aussi haineux que perdu – une interprétation qui domine le film.

Qu’on puisse voir, aujourd’hui, sortir sur les écrans un film si éloigné des sentiers battus est une bonne nouvelle. Dans sa propre analyse du film, Ali Borgini souligne la portée symbolique, évidente, de ce récit de corbeaux se rassemblant autour d’un tas d’argent parfumé de charogne. Cette charge, d’ailleurs assez peu subtile, contre l’establishment cinématographique et contre le monde de la production a pour elle, sinon son élégance, au moins sa fraîcheur, et l’enthousiasme qui y a présidé. Plus que d’un ajout à leur CV, les participants au Dernier Week-End peuvent s’enorgueillir d’avoir participé à un film certainement pas exempt de défauts, mais libre et sincère. Ce qui est, peut-être, l’essentiel.

Notes

Notes
1 Le réalisateur, Ali Borgini, reconnaît lui-même cette parenté – même s’il assure qu’elle ne lui est apparue qu’après coup.

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