Pour son nouveau long-métrage, Thierry Binisti s’encombre du roman de Valérie Zenatti pour nous livrer une bluette sentimentale d’une confondante naïveté sur fond de conflit israélo-palestinien. Appliqué dans sa peinture des sentiments, timide lorsque le politique pointe un peu trop loin son nez, Une bouteille à la mer est bien trop confortable pour susciter le moindre débat.
Tal est une adolescente issue de la jeunesse dorée de Jérusalem mais elle est française (ce qui, d’après le scénario, semblerait justifier le recul qu’elle a par rapport aux événements). Naïm est un jeune désœuvré parqué à Gaza mais son désespoir ne l’a heureusement poussé vers aucun fanatisme. La première, perplexe sur les raisons du conflit qui déchire les deux territoires, jette une bouteille à la mer avec la complicité d’un frère soldat mais bienveillant. À l’autre bout, le second trouve l’énigmatique objet et entame une correspondance apaisée avec l’ennemie pourtant désignée. À base de jolies phrases toutes faites et de grandes réflexions pseudo-philosophiques, ils vont à eux deux tenter d’abattre le mur d’incompréhension qui isole toujours un peu plus leurs peuples respectifs.
Ce qui aurait pu être une jolie fable allégorique à la naïveté assumée (ce à quoi le visage d’Agathe Bonitzer se prêtait plutôt bien) donne rapidement le sentiment que le réalisateur s’est malheureusement glissé dans la peau d’un élève de troisième. Il semble ici se plier à l’exercice de l’exposé après avoir découvert le conflit israélo-palestinien dans la gazette du coin. S’il se risque à un trop court moment à figurer l’abstraction qui entoure le territoire de Gaza pour les Israéliens, le film ne s’aventure néanmoins jamais vraiment sur le terrain du politique. Ici, on parle avant tout de sentiments et de dignité, on ne s’encombre pas d’un parti-pris. On cherche avant tout à convaincre le spectateur peu échaudé que l’amour peut venir à bout de toutes les absurdités. Aucun ouvrage géopolitique ne semble faire le poids à côté. Balle au centre.
Pourtant, Thierry Binisti, avant tout homme de télévision, disposait d’une belle matière. C’est probablement lorsqu’il s’affranchit de sa bluette au goût de guimauve pour plonger furtivement dans les ravages de la guerre que se dessine une ampleur dont le film semblait totalement dépourvu. Mais comme l’implacabilité du scénario n’a que pour ultime finalité de faire converger deux destins que tout oppose, on en reviendra rapidement à des considérations éthiques de cour d’école, donnant lieu çà et là à quelques scènes d’anthologie au cours desquelles on ne cessera d’asséner avec une naïveté parfois malvenue que la guerre, c’est mal mais que, quelque part, on ne peut pas faire autrement. Finalement, le conflit devient une toile de fond, probablement prétexte à une scène finale qui n’aura aucun mal à émouvoir ceux qui estiment que les sentiments et la politique restent deux territoires distincts. La philosophie du « bon sens » a décidément le vent en poupe.