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Công Binh, la longue nuit indochinoise

Công Binh, la longue nuit indochinoise

de Lam Lê

  • Công Binh, la longue nuit indochinoise

  • France2012
  • Réalisation : Lam Lê
  • Scénario : Lam Lê, Pierre Daum
  • Image : Lam Lê, Hoang Duc Ngo Tich
  • Son : Mathieu Descamps
  • Montage : Lam Lê
  • Musique : Lê Cat Trong Ly
  • Producteur(s) : Pascal Verroust, Lam Lê
  • Distributeur : ADR Productions
  • Date de sortie : 30 janvier 2013
  • Durée : 1h56

Công Binh, la longue nuit indochinoise

de Lam Lê

Quel voyage au bout de l'enfer ?


Quel voyage au bout de l'enfer ?

On ne demande pas à un documentariste de faire œuvre d’historien. Mais on pourrait demander à Lam Lê, visiblement hanté par son sujet, d’être plus limpide au développement de celui-ci. Malgré une photographie flamboyante, on peine parfois à comprendre les poses formelles de cette « longue nuit indochinoise » : s’il n’est pas phagocyté par les témoignages nombreux et fort intéressants, Lam Lê l’est par la volonté de les enrober esthétiquement et narrativement, et ajoute sans doute trop d’éléments extérieurs à cette mémoire pour la rendre tout à fait lisible.

Obsédée par la guerre d’Algérie, la France en oublie presque que d’autres décolonisations ont eu lieu et que d’autres peuples ont été écartelés entre le désir d’émancipation et les luttes internes. Công Binh, qui reste davantage qu’un film de mérite, réveille cette mémoire enfouie par le petit bout de la lorgnette : celui des « ouvriers-soldats », volontaires ou enrôlés de force dans les usines métropolitaines, puis l’armée, partis des rizières natales pour en développer d’autres, en Camargue. Dès les premières images, Lam Lê se démarque du reportage limpide en introduisant son sujet par un montage d’instantanés et d’archives dont on ne connaît pas la provenance. Et c’est sans doute le point faible du film : à force de mêler passé et présent, fiction et réel, témoignages et scènes de théâtre traditionnel naïf, on en perd le fil, et on en oublie parfois l’humain caché derrière la forme. On ne fait pas un film avec un sujet. On ne fait pas non plus un film en enrobant son sujet de différentes matières, de diverses constructions qui font virevolter les points de vue et transforment par endroits l’hommage aux hommes en cérémonial filmique.

L’hommage, réussi, est pourtant présent : de l’intellectuel à l’ouvrier, du traducteur au médecin, tous sont fascinants. Ils relatent, face à la caméra bienveillante, les mauvais traitements du patronat, des supérieurs militaires, de la police, avant et pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces moments, dépourvus de tout sensationnalisme, restent crus et honnêtes. Plus nombreux dans la deuxième partie du film, sans voix off, ils permettent une compréhension humaine de l’exploitation, une immersion dans la culture des opprimés mais également dans les dissensions politiques auxquelles les Indochinois d’Indochine et de France ont été confrontés – notamment à l’éternel combat entre trotskystes et communistes orthodoxes, un temps représentés par Hô Chi Minh, lui-même ancien ouvrier en métropole. Rattacher le contexte général à des destinées individuelles n’est jamais une mince affaire, et Công Binh, sur ce point, s’en sort honorablement. Mais le documentaire se veut trop bouillonnant, trop complexe, et emprunte des chemins de traverse parfois incompréhensibles pour mettre tout autant en avant ses héros oubliés et les ficelles du dramaturge.

Lam Lê, réalisateur, photographe, monteur, producteur… ne se contente visiblement pas de son sujet : il veut faire le procès du colonialisme. Grand bien lui fasse, mais les ouvertures intellectuelles semblent faibles : certaines lectures de Fanon ou Césaire, presque naïves et utilisée comme de pures illustrations, n’apportent rien au moulin des témoignages. Le constant va-et-vient peu explicite entre passé et présent, France et Vietnam, entretiens et scènes de reconstitution, gros plans sur des archives et photographies qui ne sont jamais légendées métamorphosent rapidement le désir de transmission et de compréhension en volonté d’être partout, et donc nulle part. On ne déchiffre pas non plus le sens de la présentation nominale des interrogés si tardive – lors du générique de fin. On aimerait connaître leurs noms, leurs âges, leurs trajectoires uniques bien avant. Sans parler de manipulation du sujet et des sujets, on peut parler de noyade de ces derniers dans un océan de références survolées et de pédagogie trop démonstrative pour être bien claire.

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