Un beau matin, un État ennemi déclaré des États-Unis lance une attaque-surprise de toutes ses troupes pour occuper le pays. Des adolescents d’une bourgade américaine plus si tranquille constituent un groupe de résistance qui s’oppose vaillamment à l’envahisseur par des techniques de guérilla. En 1984, ce scénario aussi fantasque qu’alarmiste était celui d’un film de John Milius ; l’État voyou était, bien sûr, l’URSS — avec le concours de Cuba et du Nicaragua. C’est dans les années 2000 que, dans un étrange moment d’inspiration, la MGM a envisagé un remake de ce film pourtant bien ancré dans les peurs de feu la guerre froide. Le rôle de la menace devait alors échoir au plus en vue des derniers bastions du communisme d’État : la Chine. Mais le pragmatisme de l’économie internationale aidant, c’est par des rafistolages de post-production que la Chine s’est vue remplacée par l’incorrigible Corée du Nord dans le rôle de l’affreux agresseur de la nation américaine sur son sol, dans un film tourné en 2009 et dont la sortie a été retardée jusqu’en 2012 par les déboires financiers du studio.
Dans la série des remakes laissant perplexe sur leur utilité, celui-ci interpelle particulièrement. Pourquoi vouloir réactualiser une fiction vieille de plus de vingt ans et entièrement liée à son contexte aujourd’hui obsolète ? L’Amérique aurait-elle encore peur des Rouges ? Sans doute un peu, mais la Corée du Nord, si dangereuse qu’elle puisse être pour ses voisins et pour son peuple, et malgré son bras de fer diplomatique avec les États-Unis qui l’ont rangée dans leur tristement fameux « Axe du Mal », ne saurait passer pour un ennemi à l’échelle planétaire, comme dans l’opposition qui a divisé le monde en deux zones d’influence dans la seconde moitié du vingtième siècle. À voir avec quels efforts expéditifs et grossiers (matraquage d’images réelles ou bidonnées d’actualités) l’ouverture du film prétend suggérer que ce pays pourrait un jour tenter d’envahir l’Amérique, ce remake apparaît moins comme le symptôme d’une crainte sincère vis-à-vis de cet adversaire que comme une opération opportuniste visant à motiver un produit de consommation courante en montant en épingle l’alarmisme de certains médias.
La victoire en tremblant
De fait, à côté de la brutalité un brin pompière de Milius qui, au moins, s’investissait franchement dans son postulat et faisait mine de croire à l’urgence de la situation, le professionnalisme du réalisateur Dan Bradley (qui n’a jusque-là dirigé que des secondes équipes et des cascades) et de ses collaborateurs apparaît plutôt timoré. La fantasque prémisse, même dramatisant l’actualité récente, ne semble pas motiver plus que cela les artisans de la chose, sauf pour trousser des scènes de guérilla urbaine à peu près énergiques (recours à ces tremblements de caméra que, depuis la trilogie Jason Bourne, Hollywood réserve à l’agitation artificielle des scènes d’action), mais sans la moindre personnalité ni la moindre envie de s’écarter des standards. Même les appels aux valeurs traditionnelles (« Vous avez emmerdé la mauvaise famille », ou « Pour eux ce n’est qu’un pays, pour nous c’est notre foyer » qui, articulé comme il l’est dans le film, pourrait aussi bien se traduire par « on joue à domicile, donc on a l’avantage ») cherchent trop à se fondre dans une expression stéréotypée familière à d’autres genres pour prétendre incarner avec conviction un esprit revanchard. Le minimum syndical semble être ici un tel mot d’ordre qu’on peut difficilement taxer cette Aube rouge nouvelle génération de vile propagande — plutôt d’être un film de genre de bas étage exploitant grossièrement l’actualité, juste assez bien exécuté pour ne pas être qualifié de série Z, mais pas assez pour qu’on fasse l’effort d’en garder le souvenir.
Pourtant, derrière cette hésitation du film à s’engager fermement dans le divertissement racolant le sentiment national, on pressent une réelle inquiétude, qui se passe de bouc émissaire mais qui explique que certains soient tentés de s’en trouver. Le dernier plan du film, en particulier, laisse songeur. On y voit l’assaut d’une foule de résistants brandissant le symbole ultime du patriotisme américain, cette bannière étoilée que le spectateur étranger le plus paresseux se complaît à conspuer comme le stigmate d’une propagande agressive. Pourtant, le fait que la course de ce drapeau soit filmée comme une action non conclusive (ces mêmes tremblements de caméra) ne laisse pas indifférent. Il suggère l’idée que la victoire n’est pas acquise, qu’une Amérique inquiète du vingt-et-unième siècle hésite même à se rassurer sur sa capacité à atteindre ses objectifs. Modeste motif d’intérêt pour ce film un peu hors d’âge, par-delà sa médiocrité générale.