Enfants valises

Enfants valises

de Xavier de Lauzanne

  • Enfants valises

  • France2013
  • Réalisation : Xavier de Lauzanne
  • Scénario : Xavier de Lauzanne
  • Son : Charles Le Querrec
  • Musique : Franck II Louise
  • Producteur(s) : François-Hugues de Vaumas
  • Distributeur : Aloest Productions
  • Date de sortie : 11 septembre 2013
  • Durée : 1h26

Enfants valises

de Xavier de Lauzanne

Sans mère et sans (re)père


Sans mère et sans (re)père

Pendant plusieurs mois, le documentariste Xavier de Lauzanne a suivi une classe spécialisée pour les adolescents fraîchement débarqués du Maghreb ou d’Afrique noire. À l’école ou en-dehors, chacun exprime ses craintes, doutes, manques mais aussi ses espoirs. Généreuse, la caméra du réalisateur donne une résonance particulière à ces parcours de vie tortueux, sans pathos ni angélisme.

Le film s’ouvre sur le plan face caméra d’un adolescent africain partagé entre l’intimidation que provoque l’objectif braqué sur lui et l’attention qu’il doit fournir dans cette classe censée lui donner les outils pour mieux s’intégrer dans la société française. En quelques secondes seulement, Xavier de Lauzanne édicte les règles discrètes d’un dispositif filmique qui tentera de capter les détails signifiants en marge de la grande histoire. Ces quelques jeunes qu’il va suivre pendant de nombreux mois, tous échappés d’un pays où leur avenir était mis en danger, ont laissé derrière eux une histoire complexe, bousculée par une guerre civile, la disparition prématurée d’une famille. Mais loin de se complaire dans un certain voyeurisme de la misère, le réalisateur s’intéresse aux outils que chaque adolescent emploie pour s’approprier la langue afin d’exprimer à son entourage une difficulté d’être et ce, en dépit du déracinement qui bouscule tous leurs repères. C’est cette circulation de mots, souvent dits avec hésitation, parfois avec maladresse, qui assure à ces Enfants valises une dynamique permettant à chaque portrait d’imprimer la pellicule au-delà de la démarche anthropologique.

Pourtant, l’apprentissage ne se fait pas sans que l’on ressente parfois un malaise : au travers des mots et des phrases de chacun, on devine à quelques reprises un discours qui ne s’incarne pas, comme lorsque l’un des adolescents vante excessivement toute la grandeur de la France pour mieux assurer son intégration. On assiste aussi à des exercices au symbolisme appuyé, notamment lorsque la classe entonne avec une conviction modérée une chanson de Johnny Hallyday pour apprendre la concordance des temps dans une phrase conditionnelle. Les limites du dispositif d’accueil, le réalisateur a l’intelligence de les laisser exister, sans jamais être insistant car sa conviction profonde reste que l’apprentissage et la pédagogie sont les socles de l’intégration. Mais le parti-pris est justement de montrer que derrière les objectifs se cachent des êtres humains, des migrants et des professeurs, essayant au mieux de s’adapter aux situations qui leur sont données. Sans angélisme, le film parvient à rendre compte de certains flottements, de ces hésitations propres à un choix d’avenir. Au travers d’une formation ou d’un stage, ces adolescents passent un pacte avec eux-mêmes qui ne leur garantit pas pour autant d’avoir fait le bon choix.

Chaque portrait que Xavier de Lauzanne propose est une vraie rencontre. Parce qu’il a conçu son film sans le moindre préjugé, le réalisateur permet à chaque adolescent d’affirmer une singularité aux préoccupations bien distinctes. Pourtant, c’est à chaque fois la pudeur qui prédomine : exprimer un sentiment trop intime est souvent associé à un fou rire, évoquer sa solitude ne trouve pas de meilleurs échos que dans certains silences discrets. De la patience et de l’humilité, le réalisateur sait en faire preuve dans son écriture : chacun, au travers de ses réactions ou déclarations, fait bouger les lignes du documentaire. Il n’y a pas de prédéterminisme ni de volonté de faire de ces adolescents les porte-drapeaux d’un groupe : le vol, la dispersion, le découragement sont des réalités qui parcourent le film sans prévenir, ramenant le quotidien de cette classe aux aléas d’une condition précaire. Si Enfants valises donne parfois le sentiment de partir dans plusieurs directions, c’est que le film est nourri par une somme d’énergies qui écarte toute unité. Mais c’est cette maîtrise de la diversité, qui ne fait jamais du film un catalogue de rencontres, qui rend compte de la complexité d’une situation et de la nécessité de donner aux nouveaux arrivants les outils qui leur seront nécessaires pour être maîtres de leurs choix.

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