La Ruée vers l’art

La Ruée vers l’art

de Marianne Lamour

  • La Ruée vers l’art

  • France2013
  • Réalisation : Marianne Lamour
  • Scénario : Danièle Granet, Catherine Lamour
  • Image : Marianne Lamour
  • Montage : Fabienne Alvarez-Giro, Babeth Si Ramdane
  • Musique : Christophe La Pinta
  • Producteur(s) : Sophie Goupil, Philippe Maynial
  • Distributeur : Rezo Films
  • Date de sortie : 16 octobre 2013
  • Durée : 1h26

La Ruée vers l’art

de Marianne Lamour

Les chercheurs d'art


Les chercheurs d'art

De Bâle à Singapour en passant par Miami, Venise et Londres, le marché de l’art s’est atomisé en une myriade de foires, de galeries, de ventes aux enchères ou d’événements artistiques (FIAC, Biennale, vernissages de fondation privée…) et pourtant, jamais le nombre d’acheteurs n’a atteint un tel sommet. Malgré la crise, le marché de l’art contemporain se porte divinement bien. Mais au-delà de la flambée des prix des œuvres d’art, Marianne Lamour, la réalisatrice du documentaire La Ruée vers l’art, pointe surtout le fonctionnement d’un système financiarisé, pour lequel la valeur marchande a depuis longtemps supplanté la qualité artistique.

Qu’on apprécie ou qu’on déteste la sainte trinité des artistes stars du XXIe siècle (Takashi Murakami, Damian Hirst et Jeff Koons), force est de reconnaître leur succès. Une panthère rose à 16 millions de dollars (Koons), un requin dans le formol à 12 millions (Hirst) ne sont que quelques exemples mis en lumière par Lamour. Mais le processus par lequel ces plasticiens ont acquis une renommée mondiale et une côte exceptionnelle demeure opaque. Car rien n’est le fruit du hasard, en art comme ailleurs. Le documentaire s’intéresse donc aux hommes qui font ces macro-artistes. Et le système de pointer son nez. Des galeristes de renom (le publicitaire Charles Saatchi ou Larry Gagosian) achètent des œuvres, les revendent à des amis collectionneurs (Pinault par exemple) qui eux-mêmes les font transiter vers d’autres acquéreurs, par le biais de ventes aux enchères (Christie’s, Sotheby’s). Par ce chemin, adoubées au passage par les hommes importants du milieu, les œuvres voient leur valeur s’envoler. Mais ce tour de passe-passe n’est qu’une des nombreuses manipulations que le film démonte. On y apprend entre autre qu’il existe des Hedge Fund spécialisés en art, que la Chine considère l’art comme un « soft power » à ne pas négliger, que le Qatar ou Abu Dhabi misent sur la culture comme investissement pour l’avenir. Bref, les œuvres sont devenues des biens mobiliers à forte rentabilité, totalement déconnectées d’une réflexion sur leur valeur artistique intrinsèque. Le temps jugera si art il y avait dans cette mascarade géante, en attendant le marché grossit, comme les bénéfices.

Si La Ruée vers l’art permet de faire un point sur l’état du marché artistique mondial, constat effrayant donc, il ne dépasse jamais le cadre d’un (bon) reportage télévisé. Les deux journalistes (deux dames grands reporters pas du tout versées en matière de marché de l’art) guident le spectateur à travers la jungle des collectionneurs, fondations privées, foires du bout du monde, mais jamais le film ne propose autre chose que des interviews posées face caméra. Les changements de lieux géographiques sont l’occasion de variations musicales clichées (arabisantes pour le Moyen-Orient, japonisantes pour l’Asie, ne manque que les tamtam pour l’Afrique…). Quant au discours, il ne parvient jamais à se hisser à un niveau critique satisfaisant. Évitant de juger de la qualité des œuvres qu’il présente, n’usant jamais d’ironie ou de second degré, le film manque désespérément d’un parti-pris, d’un angle d’attaque. Certaines séquences font écho involontairement à Exit Through the Gift Shop (Faites le mur), le documentaire de Banksy qui osait une critique au vitriol d’un marché de l’art devenu fou. Il manque à cette ruée, enquête factuelle et très journalistique, une prise de position, quelle qu’elle soit.

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