Un film pour dire et montrer les craintes, les colères et les doutes sur des sujets importants, peu ou mal abordés dans les représentations audiovisuelles. Un film pour mieux parler et pour mieux écouter. Voilà le projet entrepris par Marion Lary avec En parler ou pas, triptyque à la croisée des chemins entre documentaire et fiction, où la douceur du ton sert la force du propos.
Trois êtres, un regard
Chacune a leur façon, Marie, Julia et Violette s’interrogent sur l’absurdité du monde à partir d’un thème différent : la sexualité, l’engagement politique, puis l’argent. A partir de ces trois axes de discussion, Marion Lary construit trois portraits de femmes dans un mouvement régressif et progressif à la fois : l’adulte laisse place à la jeune étudiante, puis à l’enfant, tout en gagnant en abstraction et en pertinence dans le propos. Marie mène une enquête sociologique sur la sexualité, Julia cherche un moyen de régulariser la situation de son petit ami sans-papiers, Violette participe à une collecte de fonds pour un projet humanitaire dans son école.
Trois personnages, trois générations, pour incarner les parties d’un même tout, les facettes multiples d’une réflexion riche dans sa complémentarité. Si leurs préoccupations semblent d’abord fort éloignées, ces trois incarnations du féminin se réfléchissent. Dans une succession rendue logique et fluide par la douceur du montage, leur parole engage un regard critique sur la complexité du rapport à l’autre (le conjoint, l’amant, l’étranger, l’ami, la mère, la camarade…) et sur les contraintes d’une société normée et normative (face au tabou du plaisir, à la rigueur administrative et législative, au coût et à la valeur des choses et des gens…).
Filmer, parler, échanger
En parler ou pas est un film singulier, car tout aussi cohérent qu’il soit, on sent qu’il est l’œuvre du temps. Entre le tournage de chaque chapitre, une année s’est écoulée. Elle a certes servi à trouver le budget nécessaire pour la suite, après un premier court-métrage autoproduit (Chapitre 1 : La Sexualité). Mais ce temps a aussi servi à mûrir l’équilibre d’un dispositif hybride et la pertinence d’un propos à la fois simple et complexe. Sur les sujets abordés, les idées reçues sont légion et les truismes fréquents. Pas facile de trouver le ton juste et d’éviter la superficialité dans ce cas. Mais, en mêlant acteurs professionnels et non-professionnels, jeu et improvisation, moments filmés comme à la volée et plans posés, paroles intimes et regards caméra, En parler ou pas y parvient.
« On n’entre pas en politique pour se sacrifier à une cause, on entre en politique parce qu’on ne peut pas faire autrement », explique un militant d’Act Up à Julia dans le deuxième chapitre. Par extension, Marion Lary réalise des films parce qu’elle ne peut pas faire autrement. Parce que, quels que soient les moyens à sa disposition, c’est la seule façon de chercher la bonne distance par rapport à un monde ambivalent, parfois révoltant, souvent absurde, le seul moyen de donner du temps à la pensée et d’inciter à la réflexion et à l’échange.
En parler ou pas est projeté en exclusivité au cinéma Le Saint-André-des-Arts à Paris.