Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

de Felix Herngren

  • Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
  • (Hundraåringen Som Klev ut Genom Fönstret och Försvann)

  • Suède2013
  • Réalisation : Felix Herngren
  • Scénario : Felix Herngren, Hans Ingemansson
  • d'après : le roman Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire
  • de : Jonas Jonasson
  • Image : Göran Hallberg
  • Décors : Mikael Varhelyi
  • Costumes : Madeleine Thor
  • Son : Mattias Eklund
  • Montage : Henrik Källberg
  • Musique : Matti Bye
  • Producteur(s) : Malte Forssell, Felix Herngren, Patrick Nebout, Henrik Jansson-Schweizer
  • Interprétation : Robert Gustafsson (Allan Karlsson), Iwar Wiklander (Jonsson), David Wiberg (Benny), Mia Skäringer (Gunilla), Jens Hulten (le boss)...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Date de sortie : 28 mai 2014
  • Durée : 1h54

Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire

de Felix Herngren

Cent ans de solitude (ou presque)


Cent ans de solitude (ou presque)

Adapté du roman à succès Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (700 000 exemplaires vendus rien qu’en Suède), le film rappelle le voyage mené vingt ans plus tôt par Forrest Gump. Réécriture de l’histoire contemporaine, rencontres avec des personnages illustres émaillées d’anecdotes personnelles, Le Vieux rejoue la partition cinématographique codifiée en son temps par Robert Zemeckis et pourtant l’effet de surprise parvient à fonctionner, le choix de privilégier les perdants et les méchants du XXe siècle n’y est sans doute pas étranger.

Le boom suédois

Que faire de sa vie lorsque votre seul bonheur réside dans la confection et l’explosion de bombes artisanales ? A priori pas grand-chose et pourtant la vie d’Allan Karlsson prouve le contraire. Envoyé en maison de retraite après avoir fait explosé un renard dans son jardin, il réalise le matin de son centième anniversaire que l’herbe est sans doute plus verte ailleurs. Tandis qu’il met les voiles sans but précis, il se retrouve en possession d’une valise convoitée par une bande de voyous. La course poursuite s’amorce tandis qu’Allan agrège sur son passage d’autres compères. Chaque nouvelle étape de la cavale est l’occasion d’un flashback dévoilant un souvenir du centenaire et construisant simultanément un parcours personnel hors-norme et un récit historique échevelé de la fin des années 1930 aux années 1980. Si le fil conducteur de Forrest Gump résidait dans la quête amoureuse du héros, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire sent la poudre et le TNT. Et force est de constater que la violence du XXe siècle dépasse de loin l’imagination, offrant à l’étrange passion d’Allan un terrain d’expression exponentiel. Car le XXe siècle est indéniablement le siècle de la bombe : des engins home made des divers résistants européens à la bombe, celle qui signera la fin de la Seconde Guerre mondiale et qui déterminera le bras de fer est/ouest jusqu’au dégel des années Gorbatchev, Allan les connaît toutes et pour cause. Le film le montre successivement sous les traits d’un artificier pour la rébellion espagnole, du cerveau du projet Manhattan et d’un agent double, copinant avec Staline et Reagan. Absolument jouissif dans sa relecture iconoclaste des grandes figures politiques et intellectuelles, le métrage s’amuse à démythifier les pires dictateurs (Franco dévorant une paëlla, Staline ivre mort) et s’ingénie à redessiner les portraits d’Albert Einstein (et de son jumeau attardé), de Reagan ou de Gorbatchev.

Toutefois, si la partie flashbacks fourmille d’idées hilarantes, la narration contemporaine qui suit le centenaire et ses amis demeure en deçà des péripéties du passé. En dépit d’un rythme soutenu et d’une propension à user de la violence (et du sang) comme d’un moteur comique, le présent du vieux ennuie quelque peu. La galerie de freaks aux trousses du vieillard, tous plus abrutis les uns que les autres, et les bras cassés qui accompagnent sa fuite n’y change rien. Et pourtant, les personnages avaient de quoi alimenter plusieurs comédies à eux tout seuls : l’étudiant éternel doté d’une culture encyclopédique aussi impressionnante qu’inutile, la femme écologiste convaincue qui héberge un éléphant en pleine campagne suédoise…

Sans être une totale réussite, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire démontre qu’on peut s’amuser de l’histoire récente et de ses figures marquantes sans verser dans le sentimentalisme et la niaiserie (à l’inverse de Forrest Gump donc). Irrévérencieux dans ses références, singulier dans son casting (le jeunisme n’y a pas franchement voix au chapitre) et minimaliste dans ses effets (la reproduction du passé évite les effets numériques chers à Zemeckis pour s’autoriser une liberté d’interprétation et de reconstitution revigorante), le métrage se présente comme une petite bulle d’oxygène sympathique, irrégulière et imparfaite mais férocement amusante.

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