On se demande bien ce qui a pu passer par la tête du distributeur lorsqu’il a choisi d’utiliser pareille affiche pour la sortie française de Ping Pong Summer, le deuxième long-métrage de Michael Tully. En misant tout sur le nom de l’actrice Susan Sarandon (qui joue ici à peine un second rôle) dans une posture pour le moins ingrate, la communication autour du film prend le risque de faire naître un malentendu auprès du public : Ping Pong Summer s’intéresse pourtant bien moins au personnage de mégère asociale exhibée sur la photo qu’à celui de Rad Miracle, adolescent de treize ou quatorze ans venu passer avec sa famille un été pas comme les autres dans la station balnéaire d’Ocean City. Entre teenage movie, bande-dessinée et conte de fées, à la fois nourri par les séries Z, le cinéma de Wes Anderson et de Todd Solondz (la satire en moins), Michael Tully évite néanmoins le patchwork roublard au profit d’un style modeste mais inventif où les enjeux sont ramenés avec une certaine tendresse à juste hauteur du regard adolescent.
Été 1985
Si la marque des années 1980 fait toute l’identité visuelle de Ping Pong Summer, le réalisateur a eu l’intelligence de ne pas se limiter à construire une machine à remonter le temps belle mais ampoulée. La volonté de ressusciter une période révolue a ici abdiqué au profit d’une reconstitution où les détails bénéficient d’un effet grossissant. À aucun moment, Michael Tully n’a cherché à refaire un film tel qu’on le faisait au beau milieu des années 1980. Le charme suranné qui émane de la majeure partie des scènes tient plutôt du décalage assumé entre deux époques, l’une étant le fantasme de l’autre, son reflet déformé. Ce fameux été 1985 où le jeune Rad Miracle entreprend de séduire la plus belle fille de la station balnéaire en tentant de remporter un tournoi de ping-pong cristallise un émouvant état transitoire : par le prisme du détail qui peut faire toute la différence (un geste, une discipline, une attention), l’adolescent vit une révolution intérieure, à peine perceptible pour les autres, qui lui permet d’établir un contact avec le monde selon un langage corporel qui lui est propre.
La belle et les méchants
Le trait volontairement grossier que le réalisateur prête à la majeure partie des personnages fait souvent basculer le film vers l’univers de la bande dessinée. Les deux molosses un peu sadiques que Rad Miracle doit subir en permanence pour atteindre la belle Stacy frisent volontairement la caricature : mais à coups d’arrêts sur image et effets grossissants dès qu’ils commettent des méfaits, le réalisateur prend le parti de construire ses personnages sur une ou deux caractéristiques et de se défaire de toute vraisemblance psychologique. Mais là où on aurait pu craindre que la caricature ne verse dans l’ironie grinçante (comme dans Bienvenue dans l’âge ingrat par exemple), Ping Pong Summer préfère prendre le risque de ne produire aucune scène ou réplique culte pour proposer une variation tendre sur ce mal terriblement étrange qu’on nomme adolescence.