Retour à la vie

Retour à la vie

de Ilaria Borrelli, Guido Freddi

  • Retour à la vie
  • (Talking to the Trees)

  • Italie, Cambodge2012
  • Réalisation : Ilaria Borrelli, Guido Freddi
  • Scénario : Ilaria Borrelli, Guido Freddi
  • Image : David Garcia-Vlasits
  • Décors : Pietro Freddi
  • Son : Duccio Servi
  • Montage : Marie Castro
  • Musique : Guido Freddi
  • Production : Capetoste Pictures
  • Interprétation : Ilaria Borrelli (Mia), Philippe Caroit (Xavier), Setha Moniroth (Srey), Yang Sreypich (Malin), Kiri Sovann (Daa), Sen Somnag (Sanan), Khoun Vothy (Paavo)
  • Distributeur : Destiny Distribution
  • Date de sortie : 4 mars 2015
  • Durée : 1h29

Retour à la vie

de Ilaria Borrelli, Guido Freddi

Gros malaise


Gros malaise

Retour à la vie fait partie de ces rares films à sortir sur nos écrans qui pourraient être le fruit d’un déni collectif. De la production au duo de réalisateurs en passant par l’équipe technique et les acteurs, on se demande comment aucun n’a pu anticiper le lourd désastre qui s’annonçait et pourquoi personne n’a tenté de colmater les impardonnables faiblesses du film pour en faire autre chose qu’une maladroite parodie de film estampillé world. Surtout que, sous couvert d’un récit initiatique qui va permettre à notre héroïne Mia (jouée par la réalisatrice elle-même) de s’affranchir de ses fantômes du passé pour entamer son « retour à la vie », se place une dénonciation confondante de naïveté sur l’exploitation sexuelle subie par des milliers d’enfants cambodgiens. On ne saurait même pas louer avec une certaine indulgence la noblesse du sujet tant on a le sentiment ici qu’il sert de caution, prétexte un peu déplacé à raccorder un voyage introspectif aux misères du monde, le tout sur fond de paysages dont la beauté n’est bien évidemment plus à démontrer.

Charger la barque

Mia, photographe établie à Paris, débarque à l’improviste au Cambodge pour y rejoindre Xavier, son mari, installé là-bas depuis trois ans. Dès ses premières scènes, Retour à la vie insiste pour nous prouver que la jeune femme est impatiente et individualiste, peu préoccupée par la misère qui ravage le pays, bref, une Européenne en puissance. Après avoir raté de peu Xavier dans son hôtel de luxe, Mia décide de le suivre à son insu et le surprend cherchant à obtenir les faveurs sexuelles d’une fillette séquestrée dans une sordide maison close du coin. Celle-ci a été vendue avec son petit frère après que sa grand-mère a été tuée écrasée par le camion de méchants Occidentaux l’ayant dépossédé du terrain où la famille vivait dans un bonheur très relatif. Pour Mia, comme on peut aisément l’imaginer, cette découverte est une véritable onde de choc : elle s’effondre au sol, sous les yeux de la très vieille maquerelle qui mène ses très jeunes prostituées à la baguette quand elle ne deale pas de la cocaïne à la vue de tous. Manque de bol pour Mia, elle-même est une ancienne toxicomane qui essaie de surmonter ses addictions. Du coup, lorsqu’elle décide d’embarquer trois gamines avec elle pour fuir cet enfer terrestre, les horribles proxénètes lancent la police à ses trousses, l’accusant de consommer des substances illicites.

Handicap insurmontable

On l’aura compris à la lecture du synopsis, Retour à la vie part avec le lourd handicap de devoir nous faire avaler un scénario qui – s’il fait écho à une réalité indiscutable – fait preuve d’une lourdeur pachydermique pour traiter son sujet. La lucidité de Srey, la très jeune amante de Xavier, sur sa condition se traduit par des dialogues sur-écrits qu’on croirait sortis d’un fascicule de sensibilisation signé par une ONG luttant contre la prostitution des enfants. Ne reculant devant aucune caricature, le duo de réalisateurs croit pouvoir donner une voix aux déshérités du Cambodge. Seulement, ce discours se double d’une telle absence de regard cinématographique sur le sujet (de la direction des acteurs au montage, on se croirait presque dans une sitcom telle que AB Productions en produisait à la pelle dans les années 1990) qu’on n’est pas longtemps dupe de la prétention et de la légère condescendance avec lesquelles le projet a été envisagé. Voir ce que vivent les jeunes Cambodgiens n’est finalement pas ce qui préoccupe Ilaria Borrelli et Guido Freddi (puisqu’il suffirait presque de les ramener dans leurs familles pour que tout rentre dans l’ordre) mais plutôt cette prise de conscience comme argument d’un éveil au monde scellant pour Mia l’espoir d’accéder enfin au bonheur. On est bien content pour elle.

Soutenez Critikat

Critikat est une revue de cinéma associative dont les rédacteurs et rédactrices sont bénévoles.
Si elle est (et restera) entièrement gratuite, sa production a un coût : votre soutien est précieux pour garantir sa pérennité et son développement (site Internet, vidéos, podcasts...).
N'hésitez pas à nous soutenir mensuellement si vous le pouvez !