Le Cousin Jules

Le Cousin Jules

de Dominique Benicheti

  • Le Cousin Jules

  • France1973
  • Réalisation : Dominique Benicheti
  • Scénario : Dominique Benicheti
  • Image : Pierre-William Glenn, Paul Lauray
  • Son : Roger Letellier, Rene-Jean Bouyer
  • Montage : Marie-Genevieve Ripeau
  • Producteur(s) : Dominique Benicheti
  • Production : Rythma Films, Société des Films Orzeaux
  • Interprétation : Jules Guitteaux (lui-même), Félicie Guitteaux (elle-même)
  • Distributeur : Carlotta Films
  • Date de sortie : 15 avril 2015
  • Durée : 1h31

Le Cousin Jules

de Dominique Benicheti

Jules et Félicie


Jules et Félicie

« En Bourgogne, j’ai un cousin éloigné du côté de ma mère ; il vit dans un petit village près de Pierre-de-Bresse. Jules est né en 1891. À l’âge de vingt-deux ans, il épouse Félicie. Son père et son grand-père étaient forgerons. Il est donc devenu forgeron à son tour. Dans mon enfant, je passais tous les étés chez eux. J’ai toujours été fasciné par le travail du fer. En 1967, j’ai alors décidé de réaliser un film sur Jules. Dès que j’avais du temps libre, en dehors de mon travail pour la télévision, je partais le retrouver en Bourgogne. » C’est ainsi que Dominique Benicheti décrit le désir qui l’a poussé à tourner pendant cinq ans (de 1968 à 1973) ce somptueux documentaire qu’est Le Cousin Jules, et qui est visible aujourd’hui en salles par l’entremise de Carlotta. Il faut dire que le film de cet ancien diplômé de l’IDHEC (ex-Fémis), féru de technique, n’avait, en son temps, jamais été commercialement distribué car les salles art-et-essai, au début des années 1970, n’étaient pas encore équipées pour le projeter dans son format d’origine en son stéréo. En avance sur son temps, Dominique Benicheti (décédé en 2011) avait en effet décidé de tourner Le Cousin Jules en Techniscope (variante du Cinémascope qui était alors à l’époque, par exemple, le format de choix des westerns-spaghettis léoniens) et d’enregistrer le son en stéréo : deux prouesse techniques alors. Il s’adjoint pour cela les services du chef-opérateur Paul Launay au début du tournage, avant de travailler avec Pierre-William Glenn (qui collabora par la suite avec François Truffaut, Maurice Pialat ou Bertrand Tavernier). Et ce n’est qu’en 2011 que le travail de restauration du négatif original permet au film de retrouver la visibilité qu’il mérite tant.

Concert de métal

Benicheti fait littéralement feu de tout bois dans sa mise en scène, en se permettant par exemple d’amples travellings (notamment circulaires) pour suivre le parcours de son cousin et de sa femme au sein de leur ferme bourguignonne. L’esprit d’innovation qui anime le cinéaste est aussi une manière de rendre spectaculaire le quotidien routinier de ce couple octogénaire, en le représentant grâce à une grammaire cinématographique généralement peu employée pour les documentaires, car supposément contraire à la liberté et à la discrétion nécessaire pour atteindre la vérité recherchée. Jules passe ses journées à forger des objets en fer. Félicie s’occupe du potager, prépare les repas et le café pris en commun dans le local de travail. L’âpreté de leur vie n’est pas synonyme de misère et s’accorderait plutôt ici avec la sagesse de la vieillesse qui se contente de peu de mots pour exprimer son rapport sensible au monde. Mais s’il s’agit bien ici d’un monde clos, que l’extérieur peinerait à atteindre, il se trouve aussi hors du temps. Temps que Benicheti manipule avec précision et brio en synthétisant ses cinq années de tournage en une seule et unique journée qui représenterait, en substance, la fin de vie de Jules et Félicie. Il faut voir le vieil homme allumer le feu de sa forge, au milieu de ses machines, pour ressentir alors combien son art de la ferronnerie découle d’un rapport à la musicalité de la matière et sa modulation. Ici, le fer martelé résonne tel les battements d’un cœur qui résiste aux fantômes de la mort qui rôdent. C’est ainsi, en une ellipse bouleversante au milieu du film, que l’on comprend le décès de Félicie. Jules reprendra modestement le cours de sa vie quotidienne, ménage, rasage, balayage, sans pour autant remettre les pieds à sa forge. Et c’est au milieu de ces paysages qui évoquent inlassablement les peintures de Corot et de Millet, que Jules, lui aussi, attend la fin de sa journée, la fin du film, pour nous quitter définitivement, dans un ultime sursaut.

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