Réalisé en 1949 alors que le néoréalisme italien s’était imposé en quelques années dans presque toutes les salles de cinéma du monde, Un dimanche d’août ne permit cependant pas à Luciano Emmer, documentariste passé par la fiction, de bénéficier de la même reconnaissance que Vittorio De Sica ou Roberto Rossellini. Pourtant, le film – certes mineur – est à revoir en qualité de document d’époque, au même titre que Rome ville ouverte ou Sciuscià le furent dans l’immédiate après-guerre. Le pitch est simple, le dispositif l’est quant à lui nettement moins compte tenu du nombre de nœuds narratifs et de la courte durée du film : un dimanche d’août de 1949, quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs personnages issus de classes sociales très variées se croisent aux alentours d’une plage d’Ostie non loin de Rome. L’été bat son plein et la population italienne découvre depuis peu l’insouciance des loisirs oisifs : même si les congés payés n’existent pas encore, l’échappée belle que représente ce dimanche estival marque une rupture avec les décennies de dictature qui ont précédé la chute de Mussolini. La caméra de Luciano Emmer se nourrit de cette effervescence : plans panoramiques sur les plages bondées, plans fixes qui enregistrent l’hystérie collective des voyageurs prenant d’assaut un train de banlieue, Un dimanche d’août s’attache à capter – non sans une certaine outrance assumée par le prisme de la comédie – le bouleversement sociétal d’après-guerre.
Rapports de classes
Mais en plus de cette dimension documentaire à forte valeur ajoutée, Dimanche d’août se repose sur un scénario plutôt bien troussé où s’entrechoque une impressionnante galerie de personnages aux motivations très diverses : vivre une relation adultère, assumer une grossesse hors mariage, s’extraire de sa classe sociale ou encore vivre sa première amourette. Si le programme peut sembler chargé, le réalisateur adopte volontiers le ton de la badinerie, assumant la légèreté du propos sans tomber pour autant dans les facilités de la caricature. Certes, l’objectif d’Un dimanche d’août est de divertir en montrant des personnages de conditions diverses partiellement dénudés et préoccupés par toutes sortes de futilités. Mais l’air de rien, le réalisateur dit beaucoup de l’évolution des mœurs à venir (celle qui conduira les Studios hollywoodiens à remettre en cause leur conservatisme face au succès grandissant des films européens dans les salles américaines) et abolit certains déterminismes sociaux. Sur cette plage italienne et aux alentours, les distinctions de classe s’effacent au bénéfice d’une parenthèse délicieuse et éphémère, offrant la possibilité aux acteurs (dont le tout jeune Marcello Mastroianni) d’offrir de belles compositions. C’est dans cette optique qu’il convient de redécouvrir ce film grâce à la belle édition restaurée proposée par SNC / M6 Vidéo.