D’abord diffusé en 2014 sur France 3 dans une version de 52 minutes intitulée Lundi c’est violet, Dis Maîtresse ! prend pour l’un des points de départs le discours que François Hollande prononça peu de temps après son élection et dans lequel il s’engageait en faveur d’une scolarisation des enfants de moins de trois ans – tout particulièrement lorsqu’ils étaient enfants d’immigrés – afin de mieux soutenir l’intégration et l’égalité des chances. Projet noble dans son objectif mais que certains déçus auront probablement qualifié d’effet d’annonce, il semble néanmoins avoir encouragé Jean-Paul Julliand, lui-même professeur d’éducation physique et sportive, à se rendre dans une école pour se confronter à la réalité du terrain. Pour son film, il s’est donc immergé pendant une année dans une classe où une jeune professeure des écoles essaie d’inculquer à une vingtaine de bambins les rudiments du vivre-ensemble : apprendre à compter, nommer les autres par leur prénoms, accepter l’autre dans son monde. On voit bien la générosité de l’entreprise, surtout quand la caméra s’attarde longuement sur ces enfants en train de se constituer de nouveaux repères et d’apprendre des règles qui leur permettront d’être les citoyens de demain. Donnant assez régulièrement la parole au corps enseignant – en évitant bien heureusement les entretiens face caméra –, Dis Maîtresse ! tend à valider l’hypothèse politique selon laquelle la scolarisation dès le plus jeune âge serait une nécessité.
Pour qui ?
Mais le choix du réalisateur de donner presque exclusivement la parole aux enseignants constitue paradoxalement la grosse limite du film, surtout qu’on a parfois du mal à sortir des lieux communs. Certes, il serait inutile de demander à de si jeunes enfants d’avoir un regard réflexif sur l’expérimentation dont ils sont l’objet tout comme s’entretenir avec les parents issus de cultures très différentes exposerait le film à se disperser dans un patchwork sociologique, mais il est un peu frustrant de ne s’en tenir qu’à cette vision unilatérale de l’idéal républicain – l’école laïque dès le plus jeune âge – quand les enfants, à peine nommés, constituent une masse d’individus dont on ignore les spécificités. Pourtant, dans le quartier où se situe l’école probablement plus qu’ailleurs, on devine que l’enjeu d’une scolarisation si précoce n’est pas neutre et qu’elle répond à des problématiques bien particulières. Seulement, de l’aveu même de la professeure des écoles qui reconnaît méconnaître le quartier et n’en voir qu’une facette, on ne saura rien ce qui constitue le quotidien de ces enfants en dehors de l’école, comme si leur religion, leur origine, le travail ou le chômage des parents devaient rester à la porte de l’institution. Par conséquent, l’identité des enfants étant en quelque sorte neutralisée, ne reste pour les spectateurs que le plaisir de s’attendrir sur les visages de ces chérubins tout en se félicitant du rôle de l’école publique française. Force est de reconnaître que c’est un peu juste.