© Paraiso Production Diffusion
Go Home

Go Home

de Jihane Chouaib

  • Go Home

  • France, Suisse, Belgique2015
  • Réalisation : Jihane Chouaib
  • Scénario : Jihane Chouaib
  • Image : Tommaso Fiorilli
  • Décors : Zeina Saab de Melero
  • Costumes : Béatrice Harb
  • Son : Henri Maïkoff, Béatrice Wick, Aline Gavroy, Emmanuel Croset
  • Montage : Ludo Troch
  • Musique : Béatrice Wick
  • Producteur(s) : Nathalie Trafford, Samir, Marie Besson, Samuel Tilman
  • Production : Paraiso Production Diffusion, Dschoint Ventschr Filmproduktion, Eklektik Productions
  • Interprétation : Golshifteh Farahani (Nada), Maximilien Seweryn (Samir), François Nour (l'adolescent), Julia Kassar (Colette), Mireille Maalouf (tante Nour), Mohammad Akil (l'ex-milicien), Nasri Sayegh (le père Sarkis), Charbel Iskandar (Marwan, le blagueur), Michel Adabachi (grand-père), Wissam Farès (le boucher)...
  • Distributeur : Paraiso Production Diffusion
  • Date de sortie : 7 décembre 2016
  • Durée : 1h38

Go Home

de Jihane Chouaib

The Trouble with Nada


The Trouble with Nada

Go Home, le premier long-métrage de fiction de Jihane Chouaib (Pays rêvé), évoque les cicatrices des conflits au Liban via un genre de récit dont les schémas se font ici particulièrement pesants : l’énigme policière de type whodunit (« who’s done it ?»). Nada, une jeune femme d’origine libanaise mais exilée depuis longtemps, revient dans l’ancienne maison familiale aujourd’hui désertée, dont elle fait sa demeure. Hantée par le souvenir du meurtre de son grand-père auquel elle a assisté enfant, elle cherche les restes de l’aïeul dans la propriété, sous les regards désapprobateurs d’autres préférant le confort de l’oubli : les gens du village qui aimeraient éviter de se sentir coupables, mais aussi son propre frère, venu à son tour sur les lieux pour vendre la maison.

Pas l’ombre d’un doute

Le fantôme des violences passées est consciencieusement évoqué, tandis que les relations des deux protagonistes à leur culture d’origine suscitent un fugace intérêt (surtout concernant le frère, occidentalisé mais parfaitement capable de s’intégrer aux habitués du coin — on soupçonne que le fait d’être un homme y est pour beaucoup). Cela n’empêche cependant pas le film d’être essentiellement et laborieusement tracté par son aspect de scénario à compléter, d’information à amener pas à pas pour résoudre le mystère : qui a tué Grand-Père ? où est-il enterré ? L’ennui est que ce whodunit néglige des éléments essentiels : l’enquête, et les doutes de l’enquêteur. Pas ou peu d’enquête, la source d’information essentielle étant les souvenirs d’enfance de Nada paresseusement retranscrits en flashbacks. Pas ou peu de doutes, parce que chaque indice égrainé par le film évente toute ambiguïté, telle une évidence assénée. Dès la deuxième itération modifiée, on sait que les souvenirs de Nada sont faussés (comprendre : truqués par le scénario) et que la révélation retournera l’énonciation de départ. Dès qu’un personnage présenté comme douteux énonce que le grand-père « n’était pas un saint », on peut être sûr que ce sera finalement confirmé. Et tout est à l’avenant, entre les mains d’une réalisatrice impuissante à mettre en film les errances de l’individu et de la communauté face aux zones floues de l’Histoire. Tout au plus tente-t-elle de donner pauvrement le change en esquissant un trouble factice, en suggérant des sentiments incestueux entre frère et sœur qui ne s’avèrent guère plus significatifs qu’une note de marge de scénario désincarnée.

Enchaînés

Les sentiments, l’attachement aux origines éloignées dans la diaspora, la culpabilité, c’est censé être l’autre grande affaire de Go Home. D’ailleurs, il faut voir avec quelle insistance pataude le film va chercher l’émotion, usant à l’envi des gros plans sur le beau visage endolori de son actrice Golshifteh Farahani, aux traits certes agréables mais fort mal dirigée. L’émotion, comme le doute, n’est ici pas suscitée mais assénée, elle nous hurle de l’accepter comme une évidence, et si la légitime question de la lucidité de Nada tandis qu’elle crie sa conviction de sa quête pointe, elle n’est qu’une pure formalité. La conclusion du film par une déclaration d’amour au pays prend un arrière-goût bien amer, et c’est à son corps défendant. Il est évident que les cicatrices du passé sont encore vives au Liban et au sein de la diaspora libanaise. Pourtant, quand on voit à quel point les sentiments sont ici dénaturés et mis à la remorque d’un récit tout en réflexes narratifs poussifs, on se demande si ce sentimentalisme ne serait pas un cache-misère, pour l’impuissance à laquelle l’entreprise est réduite par son triste académisme.

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