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One Kiss

One Kiss

de Ivan Cotroneo

  • One Kiss
  • (Un Bacio)

  • Italie2016
  • Réalisation : Ivan Cotroneo
  • Scénario : Ivan Cotroneo, Monica Rametta
  • d'après : le roman Un Bacio
  • de : Ivan Cotroneo
  • Image : Luca Bigazzi
  • Décors : Ivana Gargiulo
  • Son : Gianluca Costamagna
  • Montage : Ilaria Fraioli
  • Producteur(s) : Nicola Giuliano, Francesca Cima, Carlotta Calori
  • Production : Indigo Film, Titanus
  • Interprétation : Rimau Grillo Ritzberger (Lorenzo), Valentina Romani (Blu), Leonardo Pazzagli (Antonio), Thomas Trabacchi (Renato), Susy Laude (Stefania)
  • Distributeur : Optimale
  • Date de sortie : 26 avril 2017
  • Durée : 1h44

One Kiss

de Ivan Cotroneo

Fantaisie balisée


Fantaisie balisée

Dans une petite ville du nord de l’Italie, Lorenzo, Blu et Antonio forment un trio de lycéens rejetés par l’ensemble de leurs camarades de classe : le premier affiche sans complexe son homosexualité et son excentricité dans les couloirs de l’école, la seconde souffre d’une réputation de fille facile à la suite d’une soirée trop alcoolisée, tandis que le troisième — pas vraiment au clair avec son identité — est trop taciturne pour pouvoir se sociabiliser. À eux trois, ils vont constituer un clan soudé envers et contre toutes les attaques de cet entourage qui fait de la norme un art de vivre. C’est autour de ce principe d’opposition que le réalisateur construit en grande partie la dynamique de son film : les trois trublions contre la masse informe de lycéens antipathiques, les parents compréhensifs contre le corps professoral intolérant, etc. On pourrait craindre que cette écriture un peu binaire fasse sombrer le film dans un manichéisme contreproductif mais, bien heureusement, le film prend le contrepied d’un naturalisme morne un peu trop attendu (l’arrière-plan reste celui d’une ville impersonnelle et grisâtre où les perspectives sont bouchées) en se métamorphosant par touches en petit objet pop sans prétention. Ainsi, Ivan Cotroneo parvient à se jouer des caricatures pour proposer un environnement cohérent et codifié (du moins dans sa première partie). Par exemple, lorsque la réalité devient trop médiocre pour lui, le personnage de Lorenzo s’échappe grâce à son imagination débordante : fantasmant toutes sortes de situations, il s’octroie une attention médiatique aussi soudaine que disproportionnée pour l’accompagner dans ses moments de doute. Ces digressions permettent à la mise en scène de se réapproprier les codes du vidéoclip ou de la téléréalité même si on peut regretter que le discours du réalisateur sur ces codes de représentation éculés reste assez vain. Il fait peu de doute que le réalisateur a voulu traiter le sujet de l’exclusion sous l’angle de la bienveillance, mâtinant son propos d’une légèreté qui, à défaut d’apporter au film une véritable consistance et une identité forte, peut sembler plutôt rafraîchissante.

Virage mal négocié

Mais les nombreuses références littéraires et musicales auxquelles le film fait écho (L’Enfer de Dante que les élèves étudient en classe, les paroles racoleuses de l’hymne LGBT Born This Way de Lady Gaga) créent des analogies bien trop lisibles pour que le combat de Lorenzo autour de l’acceptation de lui-même ne devienne pas une allégorie un peu trop simpliste aux contours trop prévisibles. C’est d’autant plus prégnant lorsqu’à la légèreté positive revendiquée par le film se substitue une réflexion plus grave sur la haine de soi qui peut conduire au pire des drames. Le réalisateur gère d’autant plus mal ce virage dramatique que le système dans lequel il a enfermé ses personnages se révèle ici le plus souvent stérile et réducteur : Antonio, à la différence de ses camarades, vit dans une famille conservatrice où le culte de la virilité se traduit par la pratique de la chasse (la métaphore n’est pas d’une grande subtilité), ce qui va — on s’en doute — avoir des répercussions dramatiques sur la suite. Mais c’est bien dommage que le film s’en tienne à circonscrire son enjeu à un périmètre aussi limité (trois personnages qui ne sont définis que par opposition à la norme dont ils voudraient pouvoir s’affranchir), donnant trop souvent l’impression que les quelques fulgurances qui ponctuent çà-et-là la mise en scène ne sont que des effets de manche destinés à cacher la relative pauvreté de l’ensemble. La conclusion vers laquelle débouche le film est probablement ce qu’il y a de plus raté : l’inextricable fatalité qui condamne ces jeunes à la marge, pas assez robustes semble-t-on nous dire pour vivre sereinement leur « différence », trouve un drôle d’écho dans cette volonté de refaire la fameuse scène où tout a basculé pour le pire. Jouant sur un effet de contraste qui relève surtout de l’astuce peu inspirée, vue et revue (« et si… ?»), le film s’achève sur une scène bucolique à la sérénité artificielle qui tombe totalement à plat : c’est que, mis à part des regrets de roman à l’eau de rose et ses fragiles hypothèses, One Kiss ne semble pas avoir grand chose à nous proposer.

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