3, Chronique d’une famille singulière

3, Chronique d’une famille singulière

de Pablo Stoll Ward

  • 3, Chronique d’une famille singulière
  • (3)

  • Uruguay, Argentine, Allemagne2012
  • Réalisation : Pablo Stoll Ward
  • Scénario : Gonzalo Delgado Galiana, Juan Pablo Rebella, Pablo Stoll Ward
  • Image : Bárbara Álvarez
  • Son : Daniel Yafalián
  • Montage : Fernando Epstein, Pablo Stoll Ward
  • Musique : Reverb, Sebastián del Muro Eiras
  • Producteur(s) : Juan José López
  • Production : Control Z Films
  • Interprétation : Anaclara Ferreyra Palfy (Ana), Sara Bessio (Graciela), Humberto de Vargas (Rodolfo), Néstor Guzzini (Dustin)
  • Distributeur : Épicentre Films
  • Date de sortie : 24 avril 2013
  • Durée : 1h55

3, Chronique d’une famille singulière

de Pablo Stoll Ward

Singulier, pluriel


Singulier, pluriel

Depuis le suicide de son acolyte Juan Pablo Rebella, avec lequel il avait écrit et réalisé ses deux premiers longs, 25 Watts (2001) et Whisky (2004), Pablo Stoll a connu peu de fortune en France – son troisième film, Hiroshima (2009) n’ayant pas été distribué dans le pays. Avec 3, Chronique d’une famille singulière, ce nouveau film écrit en partie avec Rebella avant sa mort en 2006, le réalisateur uruguayen retrouve la voie de nos écrans. On renoue, avec lui, avec ces thèmes qui constituaient autrefois la marque de fabrique des deux compères, que résume bien le titre français de 3 : la chronique, organisée autour de personnages singuliers.

Singuliers : ou peut-être pas tant que ça. Communs, dans leurs petites solitudes, à n’importe qui ; alors même que Pablo Stoll s’attache, comme dans ses précédents films, à montrer les instants absurdes qui surgissent dans les vies les plus banales. Jamais aussi ennuyeux que dans les films qui prétendent dresser de la vie une copie conforme – sous son jour le plus triste, bien souvent – le jeune réalisateur uruguayen s’évertue à donner à ce quotidien la spontanéité, le naturel de ses trois personnages tenus à distance. Construit autour d’un noyau familial éclaté, ce petit monde est composé de Graciela qui, souffrant encore de sa séparation avec Rodolfo, visite quotidiennement à l’hôpital une tante malade et va rencontrer un autre homme. De Rodolfo aussi, cet ancien mari, décidé à renouer avec son cocon familial alors qu’il est peu à peu rejeté par sa nouvelle compagne. De leur fille Ana enfin, peu studieuse, partagée entre son attirance pour les mecs, le handball et une nonchalance qui lui colle à la peau.

3 est donc le récit du rapprochement, voulu par Rodolfo, de ces trois personnages d’abord séparés. Ils seront finalement alignés, comme trois planètes enfin rangées dans le même axe, dans l’amusante scène finale. Avec un intérêt certain pour les singularités du comportement des personnages – plus que par celles de leur situation familiale, à vrai dire très commune – Pablo Stoll dessine, comme dans ses premiers films, le portrait de ces petites anomalies qui essaient de se supporter les unes les autres. L’absurdité tragi-comique du film tient à distance les peines et déconvenues dont il est question, offrant les émotions des personnages sous un vernis subtil, amusant. Une sensibilité uruguayenne peut-être ? Car outre les précédents films de Pablo Stoll, elle rappelle notamment le délicat Gigante d’Adrián Biniez et semble dessiner un Uruguay peut-être cinématographique seulement, dont les images se répondent en tout cas dans notre imaginaire, autour de quelques rues et de quelques intérieurs.

Ainsi la narration de Pablo Stoll avance subtilement, faisant éclater ces incongruités, au fond si communes, comme la marque de fabrique de son cinéma. 3, Chronique d’une famille singulière est un petit film, anecdotique dans son propos et la cartographique qu’il dresse des relations humaines. Un film sans doute anecdotique, aussi, dans la carrière de son réalisateur. Reste que cette agréable histoire, sélectionnée à la Quinzaine de Cannes l’année dernière, confirme l’habileté de Pablo Stoll à maîtriser ton comique et subtilité narrative. À force d’essais, Rodolfo parvient un beau matin à réunir près de lui les deux femmes de sa famille. Et c’est, d’une jolie façon, au matin d’une nuit que ses fille et ex-femme ont passée avec d’autres hommes. Ainsi 3 dessine-t-il en creux, intelligemment, la fragilité des liens humains à l’époque de l’éclatement des cellules familiales.

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