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A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1

A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1

  • A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1

  • États-Unis2025
  • Scénario : Ira Parker, Aziza Barnes, Hiram Martinez, Annie Julia Wyman, Ti Mikkel
  • d'après : Tales of Dunk and Egg
  • de : George R.R. Martin
  • Image : Federico Cesca, Gustav Danielsson
  • Montage : Simon Brasse, Brenna Rangott
  • Musique : Dan Romer
  • Producteur(s) : Sarah Bradshaw, Owen Harris, Ira Parker, George R. R. Martin, Ryan Condal, Vince Gerardis
  • Production : HBO Entertainment, Fevre River Packet Co., Bastard Sword, Grok! Television
  • Interprétation : Peter Claffey (Ser Duncan le Grand), Dexter Sol Ansell (Egg), Daniel Ings (Ser Lyonel Baratheon), Danny Webb (Ser Arlan), Finn Bennett (Aerion Targaryen)...
  • Distributeur : HBO Max
  • Durée : 6 épisodes

A Knight of the Seven Kingdoms, saison 1

Un problème de taille


Un problème de taille

Avertissement : ce texte contient aussi un spoiler de taille.

Ser Duncan le Grand, dit Dunk (Peter Claffey), se remémore tout au long de la première saison d’A Knight of Seven Kingdoms les leçons de son défunt maître, ser Arlan. Tel un fantôme, ce dernier ressurgit au fil de brefs flashbacks rompant avec l’image attendue du vénérable chevalier : ivrogne sans le sou au comportement erratique, le vieux bretteur se trouve aussi caractérisé par l’énorme verge dressée qu’il arbore au petit matin, sur laquelle la caméra s’attarde longuement avec une grivoiserie qui donne en partie le ton de cette nouvelle série. Cette insistance sur la vigueur traduit aussi la volonté des créateurs (l’écrivain George R. R. Martin himself et Ira Parker, déjà aux manettes de House of the Dragon) de raviver la flamme épique de Westeros, le monde médiéval de Game of Thrones, quelque peu étouffée par la pompe des séries précédemment adaptées de cet univers fantasy. En s’essayant au comique scabreux (il est aussi question de diarrhée et de flatulence), A Knight of the Seven Kingdoms cherche autant à surprendre qu’à renouer avec la veine grotesque sous-jacente des romans de Martin. On se rappelle d’ailleurs que les personnages les mieux écrits de Game of Thrones avaient déjà un problème de taille, que ce soit évidemment Tyrion, son frère au bras raccourci Jaime, l’eunuque Lord Varys ou, à l’opposé du spectre de genre, la très grande Brienne de Thorne.

Concentrant son regard sur l’amitié inattendue entre deux personnages aux caractéristiques physiques et sociales opposées, le colosse sorti de nulle part Dunk et son petit écuyer Egg (Dexter Sol Angell), qui cache un temps son ascendance noble, cette nouvelle série ose même une forme d’utopie burlesque. Il s’agit surtout de deux silhouettes identifiables d’un coup d’œil – l’une dépasse, l’autre brille par son étrangeté glabre –, dont l’union à l’écran constitue une force dans le monde grisaillant de Westeros. Le cadre unique exploré par la série, un tournoi de chevaliers, évoque aussi un théâtre sanguinaire où les corps s’affrontent pour remettre en jeu une hiérarchie sociale injuste. La lutte des classes mise en scène au sein de ces joutes est bien sûr faussée et l’ascension dont rêve naïvement Dunk en tablant sur sa force est entravée par une série de contraintes. Elles sont nombreuses : administratives, économiques, mais aussi spatiales – sa grande carcasse peine toujours à passer les portes basses. En s’attachant ainsi à cette figure de géant à l’étroit, la mise en scène d’A Knight of the Seven Kingdoms insuffle à cet univers une légèreté comique tout en revitalisant ses scènes d’action. Longtemps retardé, l’affrontement final accouche d’un sommet de violence qui fait éprouver l’épuisement et la douleur ressentis dans sa chair par le héros, le cadre se resserrant jusqu’à faire épouser au spectateur le regard du combattant.

Reconfiguration

Non sans rappeler la stratégie adoptée par la série Andor pour l’univers de Star Wars, A Knight of the Seven Kingdoms affiche une plus grande modestie (six épisodes de trente minutes, absence de générique d’ouverture, etc.). Dépouillée des oripeaux de la grande fresque, elle relève à différentes échelles d’un resserrement : unité de temps et de lieux, enjeux focalisés sur un casting quasi strictement masculin, effacement du merveilleux en faveur d’une approche plus concrète des séquences. Et comme pour la première saison d’Andor, ces six épisodes s’apparentent à une tentative de réinvestir un univers fantasmagorique moribond en partant d’un argument simple : le rêve d’un petit garçon de devenir chevalier se heurte à la réalité sociale et politique. Au cours de cette rapide mais précise exploration d’un événement (le tournoi de chevaliers), la série trouve plus de substance que dans les longs atermoiements shakespeariens de House of the Dragon et Game of Thrones. Bien sûr, l’embolie narrative et la surenchère spectaculaire (qui ont déjà plombé en partie la saison 2 d’Andor) pointent le bout de leur nez dans les derniers virages de cette première cuvée, laissant craindre que ne s’applique cette règle immuable de l’univers de Westeros : plus les enjeux croissent (la guerre, les dragons, la fin du monde), plus le champ de la mise en scène se réduit (les conciliabules incessants de House of the Dragon). Il n’empêche : en renouant avec les jeux d’échelles sur lesquels se fondait la première saison de Game of Thrones (le géant remplace ici les enfants et un nain), Martin et ses scénaristes retrouvent un peu de leur inspiration originelle.

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