© The Walt Disney Company France
A Real Pain

A Real Pain

de Jesse Eisenberg

  • A Real Pain
  • (A Real Pain)

  • États-Unis2023
  • Réalisation : Jesse Eisenberg
  • Scénario : Jesse Eisenberg
  • Image : Michał Dymek
  • Montage : Robert Nassau
  • Producteur(s) : Dave McCary, Emma Stone, Ali Herting, Jesse Eisenberg, Jennifer Semler, Ewa Puszczynska
  • Production : Fruit Tree Media, Topic Studios, Extreme Emotions
  • Interprétation : Jesse Eisenberg (David), Kieran Culkin (Benji), Will Sharpe (James)...
  • Distributeur : The Walt Disney Company France
  • Date de sortie : 26 février 2025
  • Durée : 1h30

A Real Pain

de Jesse Eisenberg

Visite guidée


Visite guidée

A Real Pain met en scène les retrouvailles de deux cousins éloignés, David et Benji, lors d’un pèlerinage en Pologne sur les traces de leur grand-mère, survivante de la Shoah récemment décédée. De cet étrange buddy movie qui prend pour toile de fond le camp de la mort de Majdanek, Jesse Eisenberg (ici devant et derrière la caméra) semble d’abord tirer un film de mémoire. Lors d’une visite de l’ancien quartier juif de Lublin, une série de plans fixes révèle le cimetière englouti qu’est devenue la ville polonaise. Un ancien théâtre yiddish, un magasin de textile, une yechiva : ces lieux autrefois habités par l’une des plus grandes communautés juives de Pologne sont aujourd’hui détruits et remplacés par de banales habitations et restaurants. C’est en laissant le décor parler de lui-même qu’Eisenberg parvient à ressusciter les quarante mille fantômes cachés derrière les murs tagués de la Pologne post-soviétique. Malheureusement, toutes les scènes ne parviennent pas à la même force d’évocation, notamment celle tournée à Majdanek. Placer une caméra au cœur d’une chambre à gaz, filmer le bleu de Prusse qui imprègne les murs (la couleur du gaz Zyklon B) ou regarder à travers le hublot d’un four crématoire suffit à exprimer l’indicible. Ces gestes se trouvent pourtant vite gâchés par la voix off intrusive du guide touristique : « This is the gas chamber. » Le reste de la visite est parasité par des évidences similaires : dans une démarche presque pédagogique, Eisenberg s’empresse d’expliquer, de mettre des mots sur ce qui ne peut être dit. À force de tenir son spectateur par la main, le film finit alors par ressembler au « Holocaust tour with lunch » auquel participent les personnages.

Si A Real Pain ne convainc pas en la matière, il peine aussi à émouvoir sur son versant sentimental, tant les personnages épousent les contours de stéréotypes qui prêtent certes à sourire, mais manquent de profondeur : la femme fortunée de Los Angeles en quête de sens, le couple juif caricatural (le mari ne parle presque pas !), un survivant du génocide des Tutsis converti au judaïsme et bien sûr David (Jesse Eisenberg, donc), l’ashkénaze névrotique et obsessionnel à la Woody Allen. En un sens, A Real Pain semble être le reflet de la persona quelque peu gauche de son réalisateur, manifestement pas taillé pour le drame sentimental. Un personnage échappe cependant à la règle : Benji, interprété par Kieran Culkin, le seul à pleurer en quittant Majdanek. De retour à New York, il est aussi le seul à ne pas rentrer chez lui : le film se clôt sur un gros plan sur son visage, alors qu’il est assis exactement là où tout a commencé, à savoir un aéroport, éternel non-lieu. Mais si ce portrait d’un homme en deuil fait mouche, on peut regretter qu’Eisenberg l’ait noyé sous d’autres fausses pistes ; la structure cyclique du film, transitant de l’intime à l’horreur avec un grand H, accouche en définitive d’un banal « la vie continue ».

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