Agatha, ma voisine détective
© Les Films du Préau
Agatha, ma voisine détective
    • Agatha, ma voisine détective
    • (Nabospionen)
    • Danemark
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Karla von Bengtson
  • Scénario : Karla von Bengtson
  • Décors : Jessica Nicholls
  • Son : Jess Wolfsberg
  • Montage : Linda Jildmalm
  • Musique : Nathan Larson, Lanre Odunlami
  • Producteur(s) : Mette Valbjørn Skøtt, Fie Ørnsø
  • Production : Copenhagen Bombay Rights 1 ApS, CB Sverige AB
  • Interprétation : (V.O. / V.F.) Simone Edemann Møgelbjerg / Maïa Dory (Agatha-Christine), Oliver Bøtcher Herlevsen / Esteban Oertli (Vincent), Anne-Grethe Bjarup Riis / Valérie Muzzi (la mère), Kristine Sloth / Héléna Coppejans (Sanne / Solveig), Søs Egelind (le varan)...
  • Design des personnages : Jessica Nicholls
    Directeur de l’animation : Kristjan Møller
  • Distributeur : Les Films du Préau
  • Date de sortie : 7 février 2018
  • Durée : 1h17

Agatha, ma voisine détective

Nabospionen

réalisé par Karla von Bengtson

Jouer ou grandir : faut-il choisir ? Telle est la question que ce film d’animation pose à son héroïne Agatha-Christine dite « AC », intrépide jeune Danoise de 10 ans dont le prénom composé évocateur l’invite à continuer de jouer les super-détectives en herbe, avec costume et gadgets (elle confectionne même son propre drone artisanal de surveillance), plutôt qu’à s’intéresser aux mêmes choses que les filles de son âge – comme le garçon skateur de l’autre côté de sa rue aux activités mystérieuses. Pour une œuvre destinée aux enfants, Agatha, ma voisine détective ne fait pas vraiment dans la dentelle pour illustrer les deux faces de son dilemme d’apprentissage de la vie, si bien que la confrontation peut paraître assez violente. Entre les logiques d’enfant et d’adulte, le film est ambivalent. D’une main, il épouse volontiers la façon qu’a la fillette de faire honneur dans son quotidien à la persona qui la hante (dans son sommeil, elle se rêve en une sorte de super-héroïne à chapeau mou sautant de toit en toit dans un univers en noir et blanc). De l’autre main, il fait se dresser contre elle ses propres méprises, mais surtout les injonctions de l’ordre matérialiste des adultes (sa mère est policière) qui exige qu’elle se comporte comme il sied à une jeune fille « standard » promise – par la nature, mais aussi par l’ordre même – à l’adolescence. Il laisse chaque camp se heurter à l’autre dans un dialogue de sourds entre attachement à l’imaginaire et sommation de rentrer dans le rang du réel, et c’est à la charge du scénario de louvoyer – un peu laborieusement – pour tracer une voie de conciliation.

L’élément le plus intrigant de ce récit d’apprentissage est l’introduction d’un fantastique enfantin sous la forme d’une créature qu’on ne s’attendrait pas à trouver là : un varan. À l’état d’œuf à l’ouverture du film, il éclot et devient en quelques scènes un gros reptile encombrant – au propre comme au figuré – pour AC qui le cache dans le sous-sol qui lui sert de « bureau de détective ». Doué de parole, il passe de l’insinuation à l’injonction et se pose en nouveau juge moral du refus de la fillette d’abandonner sa persona. Or sous cette forme qui croît et qui doit rester secrète, l’autorité devient quelque chose d’inavouable pour l’enfant, d’autant plus que la bête tâchera de s’échapper du sous-sol pour hanter la maison, se faisant plus menaçante pour l’intimité d’AC. Ce n’est pas tant la métaphore – évidente – véhiculée par l’animal en croissance qui intrigue, que cette façon de l’incarner sous la forme d’une créature étrange, étrangère au contexte réaliste dressé par ailleurs par le film, et intimidante là où, dans un film d’animation pour enfants lambda (de chez Disney, par exemple), on aurait pu y voir un animal de compagnie. Incrustée dans le récit réaliste, la fable confère à l’affrontement binaire d’origine un petit soupçon d’inquiétude qui rehausse son intérêt.