Au début du XXe siècle, le choix de la presse sensationnaliste de qualifier d’« Apaches » les marginaux et délinquants sévissant dans le Paris de la Belle époque, trahissait une angoisse collective d’assister à un « ensauvagement » (pour choisir un terme plus contemporain) de la société française. Des phénomènes de précarité et de violence protéiforme se retrouvaient ainsi désignés par un même mot performatif : c’est la première fabrique médiatique d’un Autre, d’un mauvais sauvage construit à partir de l’imaginaire fantasmé de l’Ouest américain. On ne reprochera pas à Romain Quirot de mettre à distance ce contexte historique, tant son cinéma s’inscrit dans un champ de représentation « pop » davantage inspiré par l’univers des drougs, des Peaky Blinders, et autres bandits mythifiés de la fiction anglosaxonne. On peut en revanche regretter qu’il ne tire rien d’autre de cette diabolisation des classes populaires qu’un contresens pataud. En voulant venger son jeune frère, poussé vers la mort par Jésus (Niels Schneider), un cruel et séduisant gangster, Billie (Alice Isaaz) découvre la vie d’un gang de voyous parisiens qui revendique sa fascination pour la violence et la culture américaine. En faisant de ces personnages l’incarnation du fantasme réducteur de la presse, Quirot en aspire tout le pouvoir de subversion : ses apaches arborent un air canaille à peu de frais et sont grimés en criminels issus d’autres imaginaires que le leur. De sorte que le film peine à extraire la moindre substance corrosive de ces loubards de papier : les acteurs (en tête Niels Schneider, qui a volé la coupe de cheveux de Thomas Shelby et les tatouages de Jack Sparrow) semblent comme perdus dans une soirée déguisée et contraints de forcer le trait pour se donner des allures de fripouilles.
La dimension pasticheuse du film est palpable dans la mise en scène, tout en tours de passe-passe qui rappellent l’école des Youtubeurs (tendance Studio Bagel) s’acharnant à faire cinéma, entre bruitages exacerbés, ralentis à foison et effets pyrotechniques un peu cheap. Le recours à des gimmicks surannés empruntés au film de gangsters (une voix-off omniprésente, un chapitrage qui annonce chaque arc narratif) renforce ce sentiment d’assister à un film aussi multi-référencé que dénué de singularité. C’est toutefois dans la gouaille surjouée et les dialogues farcis de remarques plus sexistes que paillardes (comme s’il ne restait plus que cette arme au cinéaste pour toucher du doigt l’irrévérence) qu’Apaches sombre pleinement dans le grotesque. Un prêtre vicelard, une prostituée aux gros seins et Dominique Pinon derrière le comptoir : sa veine franchouillarde enfonce le film dans la ringardise.