Arco, lauréat du Cristal du meilleur long métrage au Festival d’Annecy, s’inscrit assez nettement dans les pas de l’œuvre d’Hayao Miyazaki : Ugo Bienvenu (par ailleurs auteur de bandes dessinées) semble partager avec le cinéaste japonais une vision du monde poétique et mélancolique, où des héros solitaires cherchent à préserver leur humanité face à un univers en mutation. Arco emprunte ainsi au Château dans le ciel son ouverture : la chute d’un enfant tombé des nuages. Petit prince égaré dans le firmament, le garçon – nommé Arco – est un arc-en-ciel capable de voyager dans le temps, qui s’est vu accidentellement projeté dans une version alternative et futuriste de la Terre. Dans l’univers imaginé par Bienvenu, les arcs-en-ciel ne sont pas en effet de simples phénomènes météorologiques, mais des êtres surnaturels à l’apparence humaine, dont la combinaison multicolore leur permet de voler à travers les âges. Et comme Pazu avait Sheeta, ou le prince de Saint-Exupéry sa rose, Arco a Iris : une fille de son âge qui le recueille et l’aide à rentrer chez lui.
Du monde de son amie, Arco découvre une société où les machines suppléent presque entièrement les humains : robots dociles, automates et babysitters mécaniques prennent en charge les tâches quotidiennes, régissent le rythme de la vie et la surveillance des enfants. Les écoles elles-mêmes fonctionnent comme des hubs temporels : de vastes cubes aux parois holographiques projettent les époques enseignées par les professeurs, de la Préhistoire à la formation de l’univers. Les plus belles réussites du film résident de fait dans ses décors qui empruntent à la BD, l’horizon premier de Bienvenu : du paradis suspendu dans les nuages du monde d’Arco à la camionnette déglinguée d’un trio de personnages aux lunettes triangulaires, chacun semble conçu comme une case indépendante. Le cinéaste accorde une attention particulière aux héros et aux visages étrangement expressifs des robots ; son trait graphique, volontairement épais et affirmé à la manière de Tardi, renforce l’expressivité des personnages. Cette esthétique, plus concise et marquée que les univers foisonnants de Miyazaki, permet à Bienvenu d’explorer un imaginaire où les scènes deviennent un moyen de déployer son goût pour le mouvement. Ainsi de la chute d’Arco au début du récit : l’épisode se présente à la fois comme un élément perturbateur et un événement purement cinétique. De même, les voyages dans le temps se manifestent par une diffusion de couleurs et de traînées lumineuses. C’est grâce à son appétit plastique que ce film sous influence finit par trouver sa propre patte.