Attack the Block
Attack the Block
    • Attack the Block
    • Royaume-Uni
    •  - 
    • 2011
  • Réalisation : Joe Cornish
  • Scénario : Joe Cornish
  • Image : Thomas Townend
  • Montage : Jonathan Amos
  • Musique : Steven Price
  • Producteur(s) : Nira Park, James Wilson
  • Interprétation : John Boyega (Moses), Alex Esmail (Pest), Jodie Whittaker (Sam), Luke Treadaway (Brewis), Nick Frost (Ron), Jumayn Hunter (Hi-Hatz)...
  • Date de sortie : 20 juillet 2011
  • Durée : 1h28
  • voir la bande annonce
Ce film sera diffusé le jeudi 14 décembre à 22:40  sur 

Attack the Block

réalisé par Joe Cornish

Attack the Block n’est pas un film d’extraterrestres comme les autres. D’abord parce que le décor de l’invasion n’est pas ici une mégalopole américaine, mais un quartier du sud de Londres, ensuite parce que ceux qui la combattent sont de jeunes adolescents engagés dans la voie de la délinquance : deux éléments scénaristiques qui placent le film en décalage par rapport à la masse des productions du genre.

Une fois n’est pas coutume, voici un film qui ne cherche pas à ce que le spectateur s’identifie d’emblée à ceux qui vont défendre la planète contre l’invasion extraterrestre. Il présente d’abord ces cinq (très) jeunes hommes comme des êtres plutôt antipathiques et menaçants, avant de faire progressivement évoluer notre regard sur eux. Sans mettre en place une logique binaire qui les ferait passer du statut de « méchants » à celui de « gentils », le film conduit simplement le spectateur (main dans la main avec le personnage féminin de Sam) à abandonner tout jugement de valeur à leur encontre pour simplement considérer ces garçons comme des êtres plongés dans des situations périlleuses, et qui y répondent comme ils peuvent. Si Moses/Moïse finit par en arriver à des comportements quasi-héroïques, le film montre, sans moralisation, que la recherche de son intérêt propre est bien la motivation principale de chacun.

À partir de là, des sous-textes auront vite fait de germer. On peut considérer les monstres extraterrestres comme des incarnations des représentations attachées à ce type d’adolescents dans la conscience populaire. Ou alors comme des métaphores des périls qui les menacent et contre lesquels ils doivent lutter au quotidien (drogues et banditisme notamment). Le film peut aussi fonctionner comme un fantasme d’héroïsme de jeunes gens qui n’ont en réalité que peu de pouvoir sur leur propre existence. Attack the Block ne paye pas de mine, il reste la plupart du temps dans le registre de l’action pure agrémentée de quelques répliques bien senties, mais c’est pourtant avec une belle intelligence qu’il s’écrit : les idées qui peuvent soutenir une certaine profondeur sont semées sans didactisme, avec même une sorte de nonchalance. Mais rien n’est en fait laissé au hasard ; l’apparence des extraterrestres est elle-même significative : sorte de grands singes aux crocs phosphorescents, leur noirceur absolue les rend difficilement visibles. Les seuls moments où l’on a vraiment l’impression de les saisir visuellement sont ceux où ils s’attaquent directement aux personnages.

Malgré ces qualités, le film aurait de quoi ennuyer si son côté so British ne jouait également en sa faveur. Non que la britannicité soit une chose bonne en soi, mais du point de vue du plaisir spectatoriel, elle joue un rôle significatif dans la mesure où elle contribue à faire du film autre chose qu’une réincarnation de recettes éculées. La girl next door, le fils à papa à mèche, le dealer bedonnant et je-m’en-foutiste sont autant de figures typiques de la fiction (si ce n’est de la réalité) britannique contemporaine qu’il est amusant de voir catapultées dans un vrai film de genre. Bien que l’on ne soit pas très loin de l’univers de Shaun of the Dead et consorts – les deux films partagent un acteur, Nick Frost, et le réalisateur Edgar Wright est ici producteur –, Attack the Block a lui vocation à être véritablement opérationnel en tant que film d’action. Un effet de dissonance plaisant émerge ainsi entre le réalisme que sait produire la fine plume de l’auteur (qui n’est autre que le réalisateur) et les codes du cinéma d’action fantastique qu’il met par ailleurs en place. C’est typiquement le cas dans les dialogues qui ne ressemblent aucunement à ceux d’un film hollywoodien de même genre, l’auteur ayant joué des spécificités lexicales du microcosme géographique et social dans lequel l’action se situe. Comprendre les répliques truffées d’un argot très actuel en devient un véritable défi, assez divertissant. De façon plus générale, la britannicité du film se fait sentir par quelque chose de plus léger, de presque indicible : une distance respectueuse et amusée qu’on aimerait voir se manifester plus souvent au cinéma.