© Le Pacte
Baise-en-ville

Baise-en-ville

de Martin Jauvat

  • Baise-en-ville

  • France2025
  • Réalisation : Martin Jauvat
  • Scénario : Martin Jauvat
  • Image : Vincent Peugnet
  • Décors : Erwan Le Gal
  • Son : Julien Brossier, Xavier Thibault
  • Montage : Jules Coudignac
  • Musique : Pierre III
  • Producteur(s) : Emmanuel Chaumet
  • Production : Ecce Films, France 2 Cinéma
  • Interprétation : Martin Jauvat (Sprite), Emmanuelle Bercot (Marie-Charlotte), William Lebghil (Walid), Sébastien Chassage (Ricco)...
  • Distributeur : Le Pacte
  • Date de sortie : 28 janvier 2026
  • Durée : 1h34

Baise-en-ville

de Martin Jauvat

Trop grand paris


Trop grand paris

Le deuxième long-métrage de Martin Jauvat confirme le goût de son réalisateur pour l’absurde. L’argument de départ de Baise-en-ville paraît pourtant terre à terre, comparé à celui de Grand Paris (où deux amis découvraient, sur le chantier d’une future ligne de métro, un artefact mystérieux). Le récit prend pour point de départ le paradoxe d’un jeune banlieusard de Chelles, Corentin, dit Sprite (interprété par Jauvat lui-même) : d’un côté, il lui faut le permis pour avoir un travail ; de l’autre, il lui faut un travail pour payer le permis. Sprite décroche malgré tout avec l’aide de son beau-frère Walid (William Lebghil) un job dans le nettoyage de fêtes à domicile, qui va lui permettre de payer les séances d’auto-école. Mais comment être frais aux leçons du matin quand on travaille de nuit ? D’après sa monitrice Marie-Charlotte (Emmanuelle Bercot), il doit trouver un moyen d’éviter les trajets nocturnes en RER et noctiliens. Si cette trame paraît de prime abord banalement réaliste, elle ouvre sur un ensemble de situations rocambolesques : pour que son élève puisse dormir chez l’habitant, ou plutôt l’habitante, Marie-Charlotte, mentore un peu envahissante, l’inscrit sur une application de rencontre avant d’organiser un date dans son dos et d’intervenir pendant celui-ci.

En dépit de ce programme pas très original – le film décrit les déboires sentimentaux de son personnage sur le terrain cruel des applications de rencontre –, Martin Jauvat va toujours un peu plus loin que ce que l’on pourrait attendre. L’accessoire principal de Sprite devient ainsi le baise-en-ville du titre, cette sacoche conçue dans des limbes de ringardise pour transporter l’essentiel lorsqu’on découche. Bien qu’il ressemble de prime abord à une sacoche normale, l’objet suscite les remarques et vient, d’un date à l’autre, parasiter le projet romantique du jeune homme. Le film peine cependant à exploiter la singularité de son postulat narratif. Se dégage en effet de Baise-en-ville une certaine impression de déjà-vu – une séquence au milieu du film est même une sorte d’auto-remake du court-métrage Le Sang de la veine –, combinée à un lissage de son univers lié peut-être à un changement d’échelle de production, puisque ce deuxième film a été réalisé avec beaucoup plus de moyens. Baise-en-ville tente en vérité si peu de choses formellement qu’il en vient à cultiver un paradoxe : s’il épouse un rapport excentrique au monde, la réalisation paresseuse qui l’accompagne fait quant à elle l’impasse sur l’imagination.

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