© Warner Bros.
Blink Twice

Blink Twice

de Zoë Kravitz

  • Blink Twice

  • États-Unis, Mexique2024
  • Réalisation : Zoë Kravitz
  • Scénario : Zoë Kravitz, E.T. Feigenbaum
  • Image : Adam Newport-Berra
  • Montage : Kathryn J. Schubert
  • Musique : Chanda Dancy
  • Producteur(s) : Bruce Cohen, Tiffany Persons, Garret Levitz, Zoë Kravitz, Channing Tatum
  • Production : Metro-Goldwyn-Mayer, Free Association, this is important, Bold Choices
  • Interprétation : Naomi Ackie (Frida), Channing Tatum (Slater King), Alia Shawkat (Jess), Christian Slater (Vic)...
  • Distributeur : Warner Bros.
  • Date de sortie : 21 août 2024
  • Durée : 1h42

Blink Twice

de Zoë Kravitz

Weinstein Island


Weinstein Island

Serveuse lors d’un gala de charité, Frida (Naomi Ackie) fantasme sur le milliardaire qui l’organise, Slater King (Channing Tatum), génie de la Tech publiquement en retrait et propriétaire, par ailleurs, d’une île paradisiaque. S’incrustant dans la soirée, Frida voit son rêve de se réaliser : la voilà propulsée sur l’île, en compagnie du milliardaire et de quatre autres femmes, dont sa meilleure amie. C’est peu dire que le décor offre toutes sortes de réjouissances : chambres spacieuses et confortables, piscine, champagne et joints à volonté, MDMA après le dîner. Ce cadre idyllique va toutefois se fissurer pour révéler la vraie nature du film, à savoir un thriller féministe plus ou moins hanté par l’affaire Weinstein, qu’il évoque sur le mode allégorique.

L’île vaut comme allégorie. D’abord émerveillées, les invitées de Slater King (à commencer par Frida) vont découvrir progressivement qu’elles sont moins des privilégiées que des victimes. Droguées et violées tous les soirs, elles vont accéder à la conscience de leur asservissement et s’en affranchir dans un grand bain de sang cathartique. Sur sa fin, Blink Twice ressemble à un rape and revenge joyeux où le mâle hollywoodien (ou plutôt de ce qu’il en reste) représente la figure à abattre. Le casting, composé d’acteurs de second plan et de vieilles gloires des années 1990 – 2000, prédisposait le film à un tel massacre : Channing Tatum y affiche ses restes de chippendale (époque Magic Mike), Joel Harvey Osmont son surpoids et Christian Slater, complètement décati, semble revenir des limbes d’Hollywood. Si ce regard sur les acteurs ne manque pas d’intérêt et confère au film un point de vue, sa morale finale reste plutôt limitée et problématique. Peut-on croire en effet qu’il suffit d’inverser les rôles pour résoudre les violences sexuelles et faire des femmes des reines ? La réussite sociale de Frida, actée dans un épilogue qui boucle la boucle (on la retrouve au gala de charité, mais à une autre place : devinez laquelle ?) vaut-elle comme revanche ou vengeance ?

Si Blink Twice réussit par moments à ressembler à ses modèles avoués (Get Out et Midsommar, entre autres), notamment lorsque Frida est confrontée à l’altérité sous la forme d’une vieille femme mexicaine ne répétant en tout et pour tout que deux mots (« red rabbit »), le film souffre à d’autres endroits d’être une fable un peu trop confortable et lisible, qui éclaire toutes les zones d’ombres au lieu d’en ménager. C’est qu’en épousant un grand récit d’émancipation où l’héroïne doit venger les humiliations qu’elle a subies, Zoë Kravitz sacrifie ce qu’il y a de plus trouble dans son personnage principal : la part de domination sociale qui a nourri son rêve vénal et l’a propulsée un instant dans un conte de fées à la Pretty woman, avant qu’elle ne se retrouve finalement promue énième figure de l’empowerment.

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