Call Me Agostino

Call Me Agostino

de Christine Laurent

  • Call Me Agostino

  • France2006
  • Réalisation : Christine Laurent
  • Scénario : Christine Laurent, Georges Peltier
  • Image : Pascal Poucet
  • Montage : Marie-Pierre Renaud
  • Musique : Pierre Allio
  • Producteur(s) : Paulo Branco
  • Interprétation : Jeanne Balibar (Marianne), Hélène Fillières (Hélène), Martin Wuttke (Agostino), Jean-Pierre Cassel (Adrien), Joaquin Olarreaga (Blaise), Rafaël Zyss (Lucas), Maurice Garrel (l'oncle)
  • Date de sortie : 12 juillet 2006
  • Durée : 1h45

Call Me Agostino

de Christine Laurent

Une cathédrale sans voûte


Une cathédrale sans voûte

Hélène a rencontré Agostino, sorte de coureur de jupons dont le mystère réside essentiellement dans l’accent américain. Elle en est amoureuse. Lui-même rencontre Marianne. Il en tombe amoureux. C’est compliqué la vie ! On n’a rien contre les chassés-croisés amoureux qui font le bonheur des derniers films d’Alain Resnais ou, plus légèrement, ceux de Jeanne Labrune. En revanche, à vouloir trop utiliser les codes de la tragédie antique, Christine Laurent se perd quelque peu dans des méandres visuels qui, loin de fasciner ou de questionner, forment peu à peu un symbolisme lourd. L’image est figée, bien que parfois construite en profondeur. Et Jeanne Balibar et Hélène Fillières plongent dans ce faux univers sans véritable brio.

On reproche souvent à un certain cinéma français de se fourvoyer dans une théâtralité trop appuyée. Mais parfois, le huis clos ou l’espace restreint permet aux réalisateurs d’expérimenter leur capacité à en faire un espace cinématographique. C’était la principale réussite de Chantal Ackerman dans Demain on déménage avec une Sylvie Testud qui se découvrait plutôt douée pour la comédie. Point de tout cela dans Call Me Agostino : les espaces, d’un Louvre ouvert, lumineux, parfait, à l’atelier d’abat-jour biscornu de Marianne, apparaissent comme des scènes de théâtre posées. Christine Laurent a soigné sa progression dans la mesure où chaque lieu correspond à un personnage, à une atmosphère donc à un caractère. Mais le parallèle entre image et affect s’arrête là pour la bonne raison que les personnages se raccrochent trop à des genres : Marianne est le petit soldat un peu paumé, Hélène l’amoureuse trompée, Agostino le bellâtre hésitant. Les dialogues sont trop écrits, trop récités peut-être, pour sonner justes. L’étrangeté voulue des rapports humains et des humains eux-mêmes devient dès lors un peu creuse et absconse.

Car si la réalisatrice sait sans aucun doute construire une gradation dramatique, elle la parasite de références à la tragédie (le théâtre, toujours) qui deviennent rapidement lassantes : Agostino possède une lampe en forme d’Hermès (le dieu des échanges, évidemment) dont la jambe, phallique au possible, sera cassée par Hélène (de Troie?). La perte de l’érotisme annoncée est alors prévisible malgré une scène de sexe, étape qui semble désormais obligatoire dans tout film qui se respecte, même lorsque celle-ci aurait gagné à être plus métaphorique. Sans chœur antique, le film possède pourtant ses Euménides annonciatrices de mauvais présages (deux jumelles se promènent dans le Louvre au début du film), son rêve prophétique (qui hante les nuits du frère de Marianne), et son dénouement fatidique lors d’une scène de danse finale ridicule au possible (mal interprétée et sans aucune grâce de surcroît) où chacun retrouve sa place. Call Me Agostino regorge enfin de symboles matériels, des abat-jour torsadés que confectionne Marianne alors que l’intrigue se noue, aux ampoules qui s’allument et s’éteignent suivant l’avancée narrative.

Christine Laurent a construit son film comme une partie d’échecs : chacun avance et recule, apparaît et disparaît, se positionne dans un cadre qui multiplie les tableaux sans mouvements de caméra ou trouvailles cinématographiques. C’est presque un « cinéma » de nature morte. Mis à part Jean-Pierre Cassel qui reste sobre et convaincant dans le rôle du père de Marianne (on ne comprend d’ailleurs pas comment la direction d’acteurs a pu être aussi éparpillée), Jeanne Balibar, Hélène Fillières et Martin Wuttke plongent la tête la première dans un style surjoué qui devient presque conventionnel. En somme, Call Me Agostino est un pur film de scénariste, ou d’écrivain.

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