© Shellac Films
Chienne de rouge

Chienne de rouge

de Yamina Zoutat

  • Chienne de rouge

  • France2024
  • Réalisation : Yamina Zoutat
  • Scénario : Yamina Zoutat
  • Image : Yamina Zoutat
  • Montage : Damian Plandolit
  • Producteur(s) : Joëlle Bertossa, Flavia Zanon
  • Production : Close Up Films, Les FIlms d'Ici
  • Distributeur : Shellac Distribution
  • Date de sortie : 14 février 2024
  • Durée : 1h36

Chienne de rouge

de Yamina Zoutat

Bon sang ne saurait mentir


Bon sang ne saurait mentir

Un « chien de rouge », nous apprend le film, est capable de pister le sang et de le suivre à l’odeur. C’est peu ou prou ce qu’entreprend le documentaire de Yamina Zoutat ; flairer le sang, traquer ses effluves et ses traces. Si cette démarche se rapproche de l’enquête, c’est que son point de départ est « l’affaire du sang contaminé » qui, au mitan des années 1980, a été transfusé à plusieurs milliers de personnes. Alors journaliste, la réalisatrice de Chienne de rouge en a chroniqué le procès subséquent avec pour consigne de sa hiérarchie de ne pas filmer le sang au cœur du scandale. De cet interdit est née une fascination innervant ce récit intime et collectif, qui s’éloigne du procès pour envisager le sang, dans sa dimension matérielle et allégorique, comme un « lien social ». Le montage entrelace ainsi les portraits d’une hématologue, d’une patiente, d’un convoyeur de sang et de la réalisatrice elle-même, qui raconte sa vie à la première personne, caméra vacillante à l’épaule, en égrainant des afféteries poétisantes (à l’image de ce plan récurrent d’une main noyée dans un rayon de soleil). Ces éléments tendent à parer le prosaïsme du film d’une dimension mythique qui s’agence toutefois mal avec un récit brassant des poncifs sur la généalogie, l’héritage et l’intégration culturelle.

Dans la mosaïque qu’élabore le film, toutes les singularités individuelles finissent en effet par se fondre joyeusement dans un « nous » pour livrer le récit convenu d’une communauté qui fait corps, loin de la conflictualité à l’origine du projet. Chienne de rouge est cependant traversé par des idées plus étonnantes comme ces falaises de carmin flirtant avec l’abstrait (il s’agit en fait de cellules sanguines observées au microscope), l’intégration d’archives filmiques (un plan du Nosferatu de Murnau, par exemple), ou encore la répétition d’un son grave d’écoulement et de pulsation, comme si un sang invisible irriguait le montage. Notons aussi le beau plan d’une femme atteinte d’un lymphome, tenant entre ses mains une poche de sang à mesure qu’il lui est transfusé. On lui explique qu’une fois ses cellules souches hématopoïétiques remplacées, son sang comprendra désormais un autre ADN, celui d’un homme. Le spectacle du « faire corps » allégorique jusqu’ici mièvrement esquissé devient alors physiquement actualisé dans cette hybridité corporelle. Si l’intérêt de la cinéaste pour le motif du sang livrait jusqu’ici des idées peu inspirées (comme ce plan sur l’océan qui, banalement, représenterait un ailleurs idéalisé), l’attrait du film pour les corps chimériques[1]Les individus pourvus de différents génomes à la suite d’une greffe sont appelés « chimères ». s’avère en revanche plus fécond.

Notes

Notes
1 Les individus pourvus de différents génomes à la suite d’une greffe sont appelés « chimères ».

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