Chu & Blossom

Chu & Blossom

de Charles Chu, Gavin Kelly

  • Chu & Blossom

  • États-Unis2014
  • Réalisation : Charles Chu, Gavin Kelly
  • Scénario : Ryan O’Nan, Charles Chu
  • Image : Jez Thierry
  • Décors : Simone Duff
  • Costumes : Terri De Haan
  • Montage : John Wesley Whitton, Robert Brakey
  • Musique : Rob Simonsen
  • Producteur(s) : Jason Michael Berman, Caroline Connor, Thomas B. Fore, Ryan O’Nan
  • Interprétation : Charles Chu (Joon Chu), Ryan O'Nan (Butch Blossom), Caitlin Stasey (Cherry Swade), Alan Cumming (Oncle Jackie), Richard Kind (Fred), Melanie Lynskey (Miss Shoemaker), Chris Marquette (Steve), Annie Potts (Tante Harley), Mercedes Ruehl (Mme Fefterg), Grant Shaud (Tim)
  • Distributeur : Wayna Pitch
  • Date de sortie : 28 octobre 2015
  • Durée : 1h38

Chu & Blossom

de Charles Chu, Gavin Kelly

Conformisme labélisé indépendant


Conformisme labélisé indépendant

Chu & Blossom est l’exemple même de la comédie américaine indépendante qui cultive ses propres clichés, et dont le désir de rébellion contre le conformisme (hollywoodien) devient la règle d’un nouveau type de conformisme (indépendant, certes). Tout le film s’articule autour du désir d’émancipation, ou plutôt d’indépendance, de trois personnages artistes, dont la marginalité les distingue du reste de la communauté. Dans ce premier film, Charles Chu et ses collaborateurs Gavin Kelly et Ryan O’Nan affichent une étonnante naïveté. En plus de développer une conception très adolescente de l’artiste, ils s’emparent de nombreux stéréotypes sans parvenir à les dépasser.

Contre-courant

Joon Chu, originaire de la Corée du Sud, débarque dans une petite ville américaine, dans le cadre d’un programme d’échange international. Au-delà de son accent à couper au couteau, il s’impose dès le premier plan comme un être différent, à cause de sa couleur de peau et de son costume étrange : une vieille dame le fixe du regard comme s’il s’agissait d’un extraterrestre. Excentrique malgré lui, il fait la connaissance d’un marginal local, Butch Blossom, l’anticonformiste par excellence, et rencontre la jolie Cherry Swade (avec ses cheveux roses, difficile ne pas la remarquer) dans un cours de photographie. Ces trois artistes le seraient d’abord par leur apparence : origine et fort accent asiatiques, vêtements excentriques, teinture capillaire osée. La différence, le grand thème du film, serait quelque chose d’évident qui se remarque du premier coup d’œil, sans ambiguïté. Ainsi, l’identité sexuelle des personnages homo ne fait aucun doute dès leur première apparition à l’écran. Pourtant, cette vision superficielle du monde, qui repose sur des stéréotypes très marqués, est à contre-courant de la démarche de l’auteur principal du film, qui à travers son personnage d’apprenti photographe, tente justement d’exprimer la singularité de son regard. Se défier des conventions tout en étant très conventionnel, voilà le paradoxe de Chu & Blossom, qui de manière naïve ne semble pas être conscient de ses propres clichés.

Film anecdotique

Charles Chu utilise les codes du buddy movie, de la comédie romantique, mais aussi du roman d’apprentissage, toujours de manière très prévisible, sans chercher à les subvertir. Malgré la volonté de créer du décalage, ne serait-ce que dans la promesse du pitch – un Coréen en Amérique –, les auteurs roulent en ligne droite sur des rails au tracé connu et rassurant. Même la symbolique du film tient du lieu commun. Charles Chu file la métaphore de la métamorphose de l’insecte – le papillon, le locuste –, pour rendre compte de la transformation de son personnage. Ce parti-pris assez niais est exploité lourdement jusqu’au climax qui prend la forme d’un spectacle féerique organisé par le duo d’amis Chu et Blossom. À cette occasion, les nombreux plans sur les visages béat des spectateurs ne laissent aucun doute sur la stratégie des réalisateurs : émouvoir vaille que vaille.

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