Il est suffisamment rare que la Républicaine Dominicaine soit représentée à l’écran pour qu’on ne prête pas attention à la sortie discrète de Cristo Rey. Surtout lorsque le projet est mené par une réalisatrice qui n’en est pas à son premier essai et qui connaît suffisamment bien son pays pour nous éviter a priori les travers d’un cinéma exotique. Malheureusement, au-delà de ses louables intentions, le film de Leticia Tonos Paniagua ne s’affranchit jamais de certaines conventions qui enferment chacun de ses personnages dans un déterminisme social.
Passer la frontière
Janvier, personnage central du récit, concentre à lui seul toute la problématique des Haïtiens installés illégalement à Saint-Domingue pour fuir la misère de leur pays d’origine. Fruit d’une union adultérine, le jeune homme a une double culture (il est haïtien par sa mère, dominicain par son père) qui le prive cependant, en dépit de papiers en règle, de toute intégration. Stigmatisé, pourchassé par des policiers qui font du zèle et rejeté par son demi-frère 100% dominicain, le jeune homme doit en plus faire face à la reconduction de sa mère à la frontière après une altercation houleuse dans les rues de la ville. L’enjeu financier que pose un éventuel retour de cette dernière amène Janvier, débrouillard plutôt cultivé, à se rendre complice d’un caïd du quartier qui le charge de surveiller sa jeune (et jolie sœur) avant de l’embarquer dans un trafic de drogues. Il semble inutile de préciser que le programme va (très) mal se dérouler et que le récit ne ménagera pas beaucoup de surprises.
Déterminismes sociaux
Même si la réalisatrice semble assumer pleinement le pessimisme auquel invite la situation des migrants haïtiens en République Dominicaine, son immersion (plutôt réaliste) dans les quartiers mal-famés de Saint-Domingue ne suffit pas à ce que les personnages s’incarnent au-delà du cliché social dont ils se font l’étendard. La répartition des rôles est ici très simple : d’un côté les bons (Janvier, Jocelyn, les parents de Janvier), de l’autre les méchants (le caïd, les policiers, le frère avide de revanche). La tragédie se voudrait shakespearienne mais elle ne fait que ramener chaque personnage au déterminisme d’une condition sociale qui le priverait presque de libre arbitre. Au-delà de cette fatalité dont la réalisatrice voudrait se faire l’écho, c’est davantage le fait que le récit emprunte un parcours ultra-balisé (amours interdites, trahison du frère, etc.) pour figurer cette détresse qui pose problème. Ces raccourcis ne font que conforter le spectateur dans la vision un brin condescendante d’une société prise au piège de sa propre nature. C’est un peu court.