Daddy Cool

Daddy Cool

de Maya Forbes

  • Daddy Cool
  • (Infinitely Polar Bear)

  • États-Unis2014
  • Réalisation : Maya Forbes
  • Scénario : Maya Forbes
  • Image : Bobby Bukowski
  • Décors : Jennifer Engel, Carl Sprague
  • Costumes : Kasia Walicka-Maimone
  • Montage : Michael R. Miller
  • Musique : Theodore Shapiro
  • Producteur(s) : Wally Wolodarsky, Benji Kohn, Bingo Gubelmann, Sam Bisbee, Galt Niederhoffer
  • Production : Paper Street Films, Park Pictures
  • Interprétation : Mark Ruffalo (Cameron), Zoe Saldana (Maggie), Imogene Wolodarsky (Amelia Stuart), Ashley Aufderheide (Faith Stuart), Nekhebet Kum Juch (Kim), Manoah Angelo (Thurgood)
  • Distributeur : Bac Films
  • Date de sortie : 8 juillet 2015
  • Durée : 1h40

Daddy Cool

de Maya Forbes

Père non conventionnel


Père non conventionnel

Comme elle l’explique dans le dossier de presse, Maya Forbes a voulu, pour son premier long-métrage, mettre en scène un événement marquant de son enfance : à savoir la prise en charge par son père maniaco-dépressif de son éducation et de celle de sa sœur pendant que sa mère était contrainte de quitter le foyer pendant un peu plus d’un an pour entamer une reconversion professionnelle. De ce programme a priori chargé, la réalisatrice a réussi à éviter le piège du film construit comme une étude médicale dont Hollywood se gargarise tant et qui aurait pu valoir à Mark Ruffalo d’être distingué par la profession. Au lieu de cela, le récit a la bonne idée de s’articuler autour d’un jeu de miroir entre une décennie – les années 1970, sa remise en cause des conventions, ses combats féministes – et le regard que celle-ci posait sur une pathologie encore mal comprise et dont les accents euphoriques collaient finalement plutôt bien aux utopies politiques. C’est probablement sur ce terrain-là que Daddy Cool s’en sort le mieux : soutenu par une interprétation qui ne verse jamais dans l’outrance et ne cherche pas à prendre le pas sur le reste, le film est à la fois le portrait en creux d’un homme et d’une génération prête à exprimer ses premiers questionnements sur le genre. Et au regard des dernières déclarations de Mark Ruffalo sur le machisme d’Hollywood ou sur le mariage pour tous, on n’est pas surpris de voir avec quelle sincérité l’acteur a pu s’investir dans le projet.

Souffrance inoffensive

Là où la démarche de la réalisatrice et ses parti-pris de mise en scène trouvent leur première limite, c’est très certainement dans sa manière d’appréhender les troubles psychiatriques de son personnage principal pour en faire un argument de cinéma. Si Daddy Cool évite, comme on le disait un peu plus haut, l’étude de cas psychiatrique, la réalisatrice n’en joue pas moins avec certains clichés cinématographiques concernant la caractérisation de la maniaco-dépression : imprévisible et à rebours des conventions, le personnage interprété par Mark Ruffalo enchaîne les situations embarrassantes, comme si sa maladie était prétexte à injecter de la bizarrerie dans les scènes du quotidien. Presque tout y passe, de la voisine mal à l’aise aux habitants d’une magnifique demeure que notre héros visite sans autorisation accompagné de ses deux filles : le parti-pris est ici de désamorcer la tension dramatique pour ramener les débordements du père à l’expression d’une fantaisie un peu débordante mais finalement assez inoffensive. Même si de nombreuses scènes sont racontées du point de vue de la fille aînée qui dit parfois sa souffrance de ne pas avoir un papa comme les autres, on peine à ressentir en quoi la maniaco-dépression – que le père finit même par refuser de traiter – bouleverse fondamentalement les repères de cette famille, comme si la sincérité des sentiments éprouvés permettait aux personnages de ne pas confronter de manière trop violente leur subjectivité respective.

Souvenirs en super‑8

Le fait que le distributeur français ait choisi de rebaptiser le film à l’aide d’un célèbre tube disco des années 1970 n’est d’ailleurs pas innocent : d’un sujet rebutant pour le grand public (on pourrait par exemple se souvenir de la lourde tristesse qui parcourait les documentaires que Jonathan Caouette consacra à sa mère psychotique), on souhaite en faire un objet de décontraction qui ne prend jamais le risque de cliver. Il est vrai que la réalisatrice, peut-être trop proche de son sujet, a fait le choix de raboter les contours pour éviter très certainement d’être taxée de complaisance. Mais du coup, la joliesse avec laquelle elle s’attache à reconstituer une époque et les souvenirs qui lui sont liés semble trop calculée pour qu’on ne suspecte pas le résultat de s’accommoder de certaines facilités : on pense par exemple à la bande-musicale qui pioche allègrement dans le séduisant répertoire des années 1970 (Ike & Tina Turner, George Harrison, etc.) ou encore à l’emploi du super‑8 pour figurer l’innocence trompeuse avec laquelle le reste de la famille a pu au début appréhender la question de la maniaco-dépression. On aurait probablement aimé que Maya Forbes s’aventure un peu plus en terrain glissant pour faire corps avec les troubles de la perception de son personnage. Cela nous aurait au moins donné l’illusion que plusieurs vérités et définitions de ce que veut dire un bon père peuvent coexister. Au lieu de cela, le projet limite trop souvent le regard du spectateur à cette bienveillance qui rend l’ensemble du propos beaucoup trop anecdotique pour convaincre.

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