Les Derniers Parisiens

Les Derniers Parisiens

de Hamé Bourokba, Ekoué Labitey

  • Les Derniers Parisiens

  • France2016
  • Réalisation : Hamé Bourokba, Ekoué Labitey
  • Scénario : Hamé, Ekoué
  • Image : Lubomir Bakchev
  • Décors : Samuel Teisseire
  • Costumes : Khadija Zeggaï
  • Son : Julien Bourdeau, Éric Roche
  • Montage : Karine Prido
  • Musique : Demon, Pepper Island
  • Producteur(s) : Hamé, Ekoué, Benoît Danou, Christophe Bruncher
  • Production : La Rumeur Filme, Haut et Court Distribution, Ici et Là Productions
  • Interprétation : Reda Kateb (Nas), Slimane Dazi (Arezki), Mélanie Laurent (Margot), Yassine Azzouz (Diomède), Constantine Attia (Constantine), Bakary Keita (Bak), Willy L'Barge (Lucrèce), Lola Dewaere (la serveuse du bar)...
  • Distributeur : Haut et Court
  • Date de sortie : 22 février 2017
  • Durée : 1h45

Les Derniers Parisiens

de Hamé Bourokba, Ekoué Labitey

Les beaux perdants


Les beaux perdants

Premier opus à sortir sur les écrans, Les Derniers Parisiens introduit une trilogie que Hamé Bourokba et Ekoué Labitey (fondateurs du groupe de rap La Rumeur) souhaitent consacrer aux quartiers populaires parisiens dont l’âme serait menacée de disparition en raison de la gentrification galopante. Mais plutôt que de verser dans les généralités sociologiques qui leur tendaient les bras ou tenter le portrait générationnel, Hamé et Ekoué préfèrent prendre le pouls d’un Pigalle qui se meurt par le prisme de Nas (Reda Kateb), un trentenaire fraîchement sorti de prison et placé sous la tutelle de son grand frère, propriétaire d’un petit bar bien placé.

Énergies contraires

Essayant par tous les moyens de retrouver les repères qui furent les siens quelques années auparavant et qui faisaient de lui une figure incontournable dans le secteur, Nas essaie de placer ses intérêts auprès de ses anciens contacts pour monter un petit business de soirées payantes plus ou moins louches. Seulement, la résistance dont le grand frère fait preuve face à ces petites magouilles, alors qu’il est lui-même embarqué dans une relation avec celle qui est chargée de suivre la réinsertion de Nas, ne cesse de contrarier l’enthousiasme de l’ex-prisonnier, peu enclin à se résigner et accepter le train-train qu’on lui propose. Toute la dynamique du film repose sur la belle capacité des deux réalisateurs à capter les dissonances systématiques entre les deux frères ennemis : si le plus âgé a pu acheter le bar aujourd’hui tant convoité par Nas pour ses nouveaux projets, c’est qu’il a bénéficié auparavant de l’argent illégalement gagné par son cadet. Ce dû, dont l’origine pèse lourdement sur l’idéal d’exemplarité auquel l’aîné souhaite désormais répondre, devient rapidement le ver qui pourrit la relation entre les deux hommes. De son côté, Nas se projette dans cet avenir incertain avec la nonchalance résignée du condamné à mort : admirablement interprété par Reda Kateb, le personnage avance comme il peut, conscient de ses propres limites, se prêtant volontiers à un jeu de dupes qu’il sait pourtant perdu d’avance.

Pour la beauté du geste

Généreuse, la caméra arpente les trottoirs et les commerces de Pigalle pour en capter l’état d’esprit avec un joli sens de la nuance et une douce emphase pour les silhouettes croisées sans pour autant tomber dans un souci de représentativité statistique. S’ils s’égarent parfois dans des représentations symboliques un peu lourdes (le personnage du SDF halluciné qui revient à plusieurs reprises, traçant un fil rouge qui n’apporte pas grand chose au film et le fait parfois flirter avec le ridicule), les deux réalisateurs ne cherchent pas pour autant à nous vendre des instantanés pittoresques du quartier. Par ailleurs, Les Derniers Parisiens bénéficie d’une vraie qualité d’écriture : les dialogues sont ciselés tout en gardant leur spontanéité, loin d’un naturalisme empesé qui aurait pu nuire au résultat. Mais surtout, alors que l’enjeu narratif se construit autour d’une succession de coups de poker, il est intéressant de voir comment le scénario contourne toujours la surenchère dramatique pour en revenir à une dimension beaucoup plus intimiste et intériorisée. Plutôt que de se laisser fasciner par la gouaille de ses personnages, la caméra et le montage préfèrent s’attarder sur les creux et les flottements, laissant peu à peu apparaître l’absence de perspectives pour Nas dans un quartier dont il ne comprend plus les rouages. L’ambition mesurée des réalisateurs dans leurs choix de mise en scène les amènent parfois à faire preuve d’une timidité qui prive certainement le film de la belle ampleur à laquelle il pouvait prétendre. Mais plutôt que de jouer la carte de la facilité en misant sur une violence excessive pour relancer artificiellement le tempo, reconnaissons à Hamé et Ekoué de prendre le contrepied du genre pour saisir la belle mélancolie que portent en eux les caïds amateurs.

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