Réalisé par le Suédois Magnus Carlsson, connu pour son clip réalisé pour la chanson Paranoid Android de Radiohead, Desmond et la créature du marais permet à son réalisateur de s’essayer au conte moral pour public enfantin. Plein d’un humour inattendu, le film peine cependant à sortir de sa volonté manifeste de construire un récit sur le mode d’une succession d’historiettes, et risque de manquer son public.
Desmond est un cochon, habitant de la forêt des framboisiers en compagnie (notamment) de Sébastien Lapin, d’Eli Gator et de son fils petit Gator, de l’élan politicien Gérard Caribou, ou du putois punk-hard-rocker Willie. Tout ce joli monde regarde tranquillement passer le temps, Desmond en cuisant des muffins aux pommes, Willie en perturbant la pousse des fleurs à coups de guitare électrique, Gérard Caribou en promulguant des lois à longueur de journée, Sébastien Lapin en se faisant assommer régulièrement par son punching-ball. Mais, pour Desmond comme pour les autres, la peur de la terrifiante et légendaire créature du marais gâche leur quotidien, hantant leurs rêves et nourrissant leurs angoisses. Lorsqu’un jour, disparaissent en même temps les pommes de Desmond, la guitare de Willie (les fleurs respirent) ou les gants préférés de Sébastien Lapin, tous se décident alors à prendre la créature dans un piège…
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le bestiaire de Desmond est pour le moins iconoclaste, dans son genre. Willie le putois qui adore se faire détester, le politicien qui aime à légiférer sans que personne n’en ait cure, le lapin véritablement aussi crétin que ceux d’un jeu vidéo éponyme… Tous les personnages de Desmond sont remarquablement bien écrits, doublés, et l’humour très présent, parfois étonnamment ironique (et une fois ou deux un peu plus bas de plafond, aussi), permet à tous les âges d’accrocher sans hésitation au petit monde de la forêt des framboisiers. De plus, la qualité de l’animation des marionnettes de Magnus Carlsson, très dynamique et aux personnages intelligemment designés achève de donner une identité propre aux protagonistes du film — ce qui en constitue la grande réussite.
C’est dire si la déception est forte, que Carlsson ne sache pas réellement équilibrer sa narration. La structure du film suit celle d’un éventuel livre de contes, où une histoire centrale (ici, la capture de la prétendue créature du marais) sert de fil conducteur à d’autres récits entremêlés, réminiscences suscitées les unes après les autres par les événements de l’histoire principale : comment Willie a cherché à se faire détester, comment l’oncle gator s’est pris une intoxication aux pommes, pourquoi Desmond a acheté un frigo, etc. … Chaque historiette est plutôt réussie, sympathique, et pleine des messages moraux que l’on attend d’un conte destiné aux plus petits. Mais hélas, le fait de ne pas se focaliser suffisamment sur son histoire centrale, voire de ne pas savoir faire la différence temporelle entre ces « nouvelles » et le scénario qui forme l’axe du récit finit par perdre ses plus attentifs spectateurs – que dire, alors, des plus jeunes ?
Magnus Carlsson insiste : son film est suédois. Avec ironie, humour et la maturité dans le propos – qui ne sont pas sans rappeler certains aspects des récits ironiques du Danois Jørn Riel – le film revendique ses particularismes. Non seulement le film se flatte de proposer des lectures multiples, mais également de ne pas céder au tout « 3‑D » de l’animation grand public actuelle. Certes, c’est un fait, Desmond et la créature du marais peut à juste titre ainsi s’enorgueillir. Mais le fait est que la narration un peu trop chaotique du film pourra, en fin de compte, plus lui aliéner son public, que susciter l’enthousiasme de celui-ci.