Deux temps, trois mouvements

Deux temps, trois mouvements

de Christophe Cousin

  • Deux temps, trois mouvements

  • France, Canada2013
  • Réalisation : Christophe Cousin
  • Scénario : Christophe Cousin
  • Image : Nicolas Gaurin
  • Costumes : Mariane Carter
  • Montage : Sophie Leblond
  • Musique : Thierry Mazurel, Hervé Mazurel
  • Producteur(s) : Sonia Despars, Céline Maugis, Martin Paul-Hus, Christophe Delsaux
  • Production : La Vie Est Belle Films Associés, Amérique Film, Parallaxes
  • Interprétation : Zacharie Chasseriaud (Victor), Antoine L'Ecuyer (Isabelle), Aure Atika (Adele), Anne-Marie Cadieux (Caroline), Philomène Bilodeau (Isabelle)
  • Distributeur : A3 Distribution
  • Date de sortie : 28 janvier 2015
  • Durée : 1h25

Deux temps, trois mouvements

de Christophe Cousin

Glissements incontrôlés


Glissements incontrôlés

Le temps de l’errance

Il y a souvent, dans les films sur l’adolescence, un fonctionnement bergsonien du temps. Cela pourrait tenir, par exemple, à la manière dont le personnage s’inscrit dans un temps biologique, purement introspectif, et qui fait de son intériorité et de son mode d’être une temporalité à part entière. Bergsonien, le jeune Victor l’est très certainement dans son intuition du temps et la manière dont il tente d’affronter la mort de son père, événement qui a précipité le déménagement de sa mère pour le Canada. Dès son ouverture, le film associe explicitement cette temporalité du personnage à une quête nostalgique du souvenir ; l’adolescent repasse en boucle une brève vidéo de sa mère et de son père, s’embrassant dans une piscine. La ligne directrice du film est dès lors lancée ; nous sommes dans un temps de la dissolution, dans une durée personnelle, étirée par la recherche du souvenir et l’imminence du deuil.

Ce sentiment est d’autant plus tenace que le film est parcouru d’une absence volontaire de tout repère temporel, de tout élément aidant à la caractérisation du temps de l’intrigue. Cette perte de repères redouble de force lorsque Victor trouve un jour un autre jeune homme sur le toit de son lycée. En l’approchant, le jeune homme se retourne et, surpris, tombe fatalement. S’agit-il alors d’un véritable suicide ou d’un homicide involontaire ? Victor aurait-il malgré lui précipité une chute qui semblait pourtant inévitable ? Bousculant ses repères, cet événement va enfoncer encore un peu plus Victor dans ce temps intérieur, qui déploiera une forme d’exhibition lors d’une démonstration en classe, de la rotation des planètes par rapport au soleil. Victor impose son rythme et s’agite alors comme un espace mouvement, comme un véritable métronome s’articulant autour d’une jeune fille.

Les artifices du deuil

L’écueil que rencontre alors le film réside dans sa tentative pour crédibiliser et agencer cette déambulation intérieure, comme si le réalisateur était à chaque instant rattrapé par le désir d’y ajouter une nécessité ou un enchaînement logique. Seulement, au lieu d’apporter une fluidité à cette histoire, le réalisateur disperse ce temps dans un amas de lourdeurs et d’invraisemblances. Plus l’adolescent s’immisce dans l’intimité du jeune défunt, plus le film tente de développer des intrigues secondaires autour d’un même axe narratif ; le rapport ambivalent de fascination-répulsion entre l’adolescent et la mort, entre la volonté d’oublier et le besoin d’enquêter, de questionner un geste condamné, a priori, à un certain mutisme. Hélas, cette quête de sens alourdit ce temps du deuil, et ponctue l’itinéraire de Victor d’événements peu convaincants ; l’intrusion dans une maison, la tentative grotesque de rapprochement avec l’ami du défunt… L’histoire se mêle alors à des intrigues sous-jacentes comme pour mieux masquer les ficelles d’une chronique adolescente tirant progressivement vers une narration trop explicative. On aurait souhaité, au contraire, que le film se laisse aller à une plus grande entreprise de poétisation, à une plus grande spontanéité, comme pour le voir se débarrasser d’une chronologie académique, qui était, a priori, non nécessaire.

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