Sorti début 2013, le premier long-métrage de Christophe Karabache, Too Much Love Will Kill You, nous avait déjà laissés grandement dubitatifs. Dogdem ne déroge malheureusement pas aux règles d’un cinéma qui se voudrait radical alors qu’il n’est qu’une proposition poseuse et presque caricaturale de ce que le milieu underground peut produire. Pourtant, les premières scènes de ce second long avaient de quoi séduire et laissaient même espérer un film intriguant dans son dispositif. Pendant une petite dizaine de minutes, le réalisateur fait se succéder une série de plans fixes et dépeuplés donnant une certaine idée du Liban contemporain. Cette errance cadrée, soutenue par une bande-son qui ramène au premier plan le tumulte environnant, est brutalement interrompue par l’entrée en scène de plusieurs personnages erratiques, parmi lesquels un travesti borderline et une jeune modèle obligée de cohabiter avec lui.
Dieu vomit les tièdes
On comprend rapidement l’objectif du metteur en scène : traduire, au travers de scènes fonctionnant en circuit fermé, l’état de délabrement d’un pays qui introduit systématiquement de la violence dans les rapports qu’instaurent les individus. Le travesti, brutalisé par un amant qui lui déverse son homophobie, finit par instaurer un rapport de domination avec la jeune femme qu’il héberge. Aux discours et aux idées, le réalisateur préfère l’hystérie autiste de ses personnages et la profusion de sang pour rendre compte du pourrissement d’un système. Le résultat final est particulièrement éprouvant dans la mesure où la pose esthétique revendiquée par le réalisateur prive son film d’un doute nécessaire au bien-fondé de l’expérience. La perplexité laisse progressivement place à la consternation, faisant de Dodgem un objet filmique plutôt antipathique, réalisé par un sale gosse qui croit un peu trop facilement que le refus de l’amabilité viendra masquer la vacuité réelle de son propos. En somme, il ne suffit pas de faire vomir (réellement) un personnage pour donner du corps à sa remise en question du fonctionnement d’une société.