© Gebrueder Beetz Filmproduktion
Dream Boat

Dream Boat

de Tristan Ferland Milewski

  • Dream Boat

  • Allemagne2016
  • Réalisation : Tristan Ferland Milewski
  • Scénario : Tristan Ferland Milewski
  • Image : Jörg Junge, Jakob Stark
  • Montage : Markus CM Schmidt
  • Musique : Claude Ferland Milewski
  • Producteur(s) : Christian Beetz
  • Distributeur : KMBO
  • Date de sortie : 28 juin 2017
  • Durée : 1h35

Dream Boat

de Tristan Ferland Milewski

Ultra moderne solitude


Ultra moderne solitude

Chaque année, le Dream Boat prend la mer à l’occasion d’une croisière exclusivement gay au cours de laquelle plusieurs centaines d’hommes, d’âges, de pays, de cultures et d’origines divers et variés, se côtoient, se rencontrent et festoient. Loin des regards réprobateurs de leurs familles ou de leur environnement social, les passagers espèrent trouver au cours de ces quelques jours la possibilité de vivre pleinement leur désir pour les personnes du même sexe et, pourquoi pas, l’amour de leur vie. Sauf qu’à la stigmatisation sociale dont ces hommes peuvent être victimes, se substitue une autre forme d’intolérance : parmi ce groupe d’individus venus s’amuser sans complexe, s’imposent un culte du corps et un art de la consommation sexuelle qui n’aident pas vraiment ceux venus rompre avec leur solitude à prendre davantage confiance en eux-mêmes. C’est ce douloureux constat que fait, presque malgré lui, le réalisateur Tristan Ferland Milewski pour son documentaire dont le format télévisuel est tellement standardisé qu’on se demande pourquoi il sort sur grand écran et à quel public il peut bien s’adresser.

Cabine sans vue

Sans véritable point de vue sur son sujet, le documentariste se contente la plupart du temps de saisir à la volée des moments censés être représentatifs : il recueille de manière scolaire les confessions plutôt convenues des participants (leur rapport au corps, l’espoir de susciter le désir, le problème du handicap, etc.), sa caméra tente d’appréhender et de restituer la géographie particulière de ce lieu clos où, en un temps donné et limité, tout semble se jouer pour les participants. Mais Tristan Ferland Milewski n’est pas Frederick Wiseman, on l’aura bien compris : au dispositif minimaliste qui aurait permis de laisser le temps de nous installer dans cet environnement très codifié, le réalisateur préfère courir à tout prix vers l’image qui va produire un sens immédiat. On se retrouve alors encombrés de quelques plans à l’esthétique léchée sur le soleil couchant, à des ralentis sur les corps de ces hommes qui se livrent sans fard (le plan revient tel un leitmotiv peu inspiré, découpant artificiellement le film en chapitres assez linéaires), sans qu’on parvienne pour autant à se saisir du compte à rebours qui menace certains participants (la fin de ce voyage atypique signifiera leur retour à leurs vies solitaires) ou bien du cloisonnement qui persiste entre les voyageurs malgré un contexte qui devrait être favorable à la rencontre.

Quelle finalité

Au bout du compte, on se demande bien ce que pouvait avoir en tête le réalisateur lorsqu’il s’est lancé dans le nébuleux projet de suivre quelques passagers dans cette aventure collective qui laissera plus d’un spectateur circonspect. Tentant de faire des hommes filmés les personnages de leur propre fiction (chacun semble davantage dans une logique de monologue, se raconte beaucoup d’histoires, vit ses propres entrées en scène pour se réfugier ensuite dans les coulisses, etc.), Tristan Ferland Milewski a certainement voulu véhiculer un message positif sur l’acceptation de soi, captant avec une lucidité difficile à définir une parenthèse enchantée pour ces quelques hommes venus chercher sur ce bateau une autre image d’eux-mêmes. Mais le résultat est sans appel : plutôt que de faire preuve de générosité ou d’accompagner avec une emphase sincère ces fragiles destinées, le dispositif de Dream Boat est tellement complaisant et recroquevillé sur lui-même qu’il ne donne rien d’autre à voir que le pathétisme de la plupart des situations, faisant des protagonistes les victimes directes de leurs attentes. Autant dire que c’est un peu court pour tenter d’approcher, en un peu plus d’une heure trente, le problème complexe de la solitude affective.

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