Une erreur commune chez les artistes qui se revendiquent des auteurs américains trash, comme c’est le cas du réalisateur Alexandre Villeret et de son coscénariste Aymeric de Heurtaumont, est de n’en garder dans leurs propres productions que la surface vulgaire et hystérique. Un écueil érigé en principe esthétique par En pays cannibale. Trip criard et égotiste d’une bande de dealers/pseudo-documentaristes dans la capitale, cette première réalisation cache, sous de bonnes intentions, une catastrophique logorrhée à laquelle il manque tout ce qu’on attend : rage, force et humour.
Petit dealer plein de rêves de grandeur, Max incite une bande de copains à l’accompagner dans ses pérégrinations parisiennes, de client en client, une caméra à l’épaule. Ce prétexte à l’immersion dans le quotidien du protagoniste n’est précisément que cela : un prétexte, une lubie ; qui met en abyme dans la fiction la démarche réaliste, voire autofictionnelle, d’A. Villeret et A. de Heurtaumont. Une mise en abyme source d’une vague réflexion méta-narrative, qui fait en tous cas planer sur le film l’ombre narcissique bien trop pauvre de ses deux créateurs.
Les deux compères, avec une bande d’acteurs dont le jeu crie à chaque minute l’amateurisme prétentieux, décident donc de plonger pendant 24 heures dans le quotidien de Max – 24 heures jusqu’à l’inévitable et prévisible chute finale, car il serait trop intelligent, trop complexe peut-être d’éviter la complaisante mise à mort d’un personnage qui n’a d’autre pouvoir que de briller en martyr.
En pays cannibale, en fait, n’est rien qu’une petite chronique de la bêtise ordinaire : un film qui répond à la déshumanisation du monde par une hystérie vulgaire et misogyne, ponctuée de temps à autre par un lyrisme facile et content de lui. On se demande d’ailleurs si le noir et blanc n’est pas plus un cache-misère qu’un choix esthétique – non que le cinéma aux petits moyens soit à mépriser, loin de là – il l’est peut-être, en revanche, quand la pauvreté des moyens se heurte à des egos démesurés, qui confondent vulgarité et force, impudeur et humour, bêtise et marginalité.
En pays cannibale, dont le récit est parfois entrecoupé de flashs hallucinés qui ressemblent, bien sûr, à ceux de Requiem for a Dream, est une caricature de cinéma – facile, complaisante… Une caricature ni drôle, ni intelligente ; qui, comme son personnage, finit par tomber à plat, dans l’indifférence générale.