Fear of Falling

Fear of Falling

de Bartosz Konopka

  • Fear of Falling
  • (Lęk Wysokości)

  • Pologne2011
  • Réalisation : Bartosz Konopka
  • Scénario : Piotr Borkowski, Bartosz Konopka
  • Image : Piotr Niemyjski
  • Son : Jacez Hamela, Katarzyna Dzida-Hamela
  • Montage : Jarosław Barzan
  • Musique : Maciej Cieślak
  • Producteur(s) : Jacek Bromski, Dariusz Gajewski, Ewa Jastrzębska
  • Interprétation : Marcin Dorociński (Tomek), Krzysztof Stroiński (le père), Magdalena Popławska (Ewa), Dorota Kolak (la mère)
  • Distributeur : Kanibal Distribution
  • Date de sortie : 26 septembre 2012
  • Durée : 1h30

Fear of Falling

de Bartosz Konopka

Guilty as charged


Guilty as charged

Glacé, le premier long-métrage du Polonais Bartosz Konopka l’est pour plusieurs raisons : son sujet (la démence d’un père et le sentiment de culpabilité de son fils), son austère acteur principal, son filtre bleuté qui frappe chaque image d’un froid presque déplaisant. Si cette glaçante âpreté est un parti pris peut-être adéquat au sujet, elle évacue de Fear of Falling l’angoisse que le film prétend communiquer – ne laissant de cette triste histoire qu’une intention qui n’aboutit pas.

Journaliste bientôt promu présentateur d’un JT en Pologne, Tomek est partagé entre deux pans de sa vie : le parfait quotidien qu’il mène avec sa compagne, bientôt enceinte alors que sa carrière suit une trajectoire ascendante et son passé, matérialisé par le personnage de son père, dont il doit s’occuper. Les allers-retours du père de son appartement délabré à l’hôpital psychiatrique où il est interné tantôt à son initiative, tantôt contre son gré sont saupoudrés de la culpabilité du protagoniste qui ne sait comment s’occuper du vieil homme qui perd pied. La relation trouble qui s’installe entre eux menace, semble dire le film, la santé mentale du protagoniste lui-même.

Toujours asséché par son filtre glacé, Fear of Falling installe cette alternance autour de Tomek, posant du même coup cette grave question : comment vivre quand un proche pète les plombs ? En fait, il s’agit moins de traiter le thème de la démence sénile que celui d’une folie presque arbitraire – des flash-backs à la façon d’images d’archives nous expliquent que, dans l’enfance de Tomek déjà, son père jetait son mobilier par la fenêtre et urinait sur les passants. Dans ce versant-là du film, il y a pire que l’austérité du jeu et de l’image – il y a l’aspect lugubre des décors et des situations qui, couplé à la moue contrariée de l’acteur principal, plombe un sujet déjà trop lourd. Un sujet qui est par ailleurs toujours laissé à distance par cette impassibilité de l’acteur, qui peine à incarner le trouble dont il est question, encore moins à rendre compte de l’ambivalence de son personnage ou l’émotion qui pourrait parfois le gagner.

Le pire sans doute réside dans la représentation qui est faite de l’autre versant de cette histoire : la relation entre Tomek et sa compagne et la mise en scène de sa vie professionnelle. Complètement aseptisés, ces deux aspects de la vie du protagoniste sont présentés, dans une confondante simplification, comme antagonistes aux rapports de Tomek avec son père. La compagne, plantée à peine enceinte, reste les pieds sous la table et les larmes aux yeux tout le long du film, attendant que son mari retrouve son bon sens. Quant à la scène de perte de contrôle de Tomek en direct à la télévision, elle est aussi téléphonée que creuse. L’angoisse de la relation du personnage à son père, vraisemblablement personnelle pour le réalisateur, est elle aussi vidée de toute ambiguïté. Il ne reste qu’un tableau froid et édulcoré d’une histoire qui ne déborde jamais l’implication intime qu’elle a pour son réalisateur-scénariste. La seule fear que nous avons, c’est que le film ne finisse pas.

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