Féminin plurielles
© La Mer à Boire Productions
Féminin plurielles
    • Féminin plurielles
    • France
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Sébastien Bailly
  • Scénario : Sébastien Bailly
  • Image : Sylvain Verdet, Pascale Marin
  • Décors : Marine Fronty, Léo Ponge
  • Costumes : Hélène Caillet
  • Son : Marie-Clotilde Chéry, Claire-Anne Largeron, Alexandre Hecker, Benjamin Viau, Christophe Leroy
  • Montage : Cécile Frey, Sébastien Bailly
  • Musique : Laurent Levesque
  • Producteur(s) : Sébastien de Fonseca, Ludovic Henry
  • Production : La Mer à Boire Productions
  • Interprétation : Hafsia Herzi, Lise Bellynck, Anne Steffens, Friedelise Stutte, Marie Rivière, Sabrina Seyvecou, Bastien Bouillon...
  • Distributeur : La Mer à Boire Productions
  • Date de sortie : 7 mars 2018
  • Durée : 1h19

Féminin plurielles

réalisé par Sébastien Bailly

Pour son premier long-métrage, Sébastien Bailly semble ne pas en avoir totalement fini avec le court, format qui lui a apporté une certaine renommée puisque l’un de ses films, Là où je mets ma pudeur, avait même concouru pour le César du meilleur court-métrage en 2015. Composé de trois petits films qui n’ont pas de lien narratif particulier, Féminin plurielles tient plus de la compilation de scènes à messages. Plus sociétal que cinématographique dans son approche de ses multiples sujets, le film s’articule autour de diverses portraits de jeunes femmes qui butent à un moment de leur existence sur un obstacle les empêchant d’obtenir la place qu’elles méritent. La bien nommée Douce est infirmière dans un service où les patients sont dans un état végétatif ; au cours d’une ronde de nuit, elle décide de découvrir les plaisirs de la chair avec l’un d’entre eux alors qu’il est inconscient. Hafsia est une jeune femme voilée qui, sans pour autant le vivre comme une contrainte, souhaiterait pouvoir enseigner l’histoire de l’art et vivre une relation charnelle avec son petit ami. Enfin, Delphine, travaillant au conseil départemental de Corrèze, tente d’imposer une photographe allemande dont elle est tombée sous le charme pour une séance photos en présence de François Hollande, alors fraîchement élu à la tête de l’État.

Trois petites notes de musique

En un peu moins d’1h20, le réalisateur propose donc trois variations sur les petites transgressions féminines, qu’elles soient d’ordre sexuelles, sociales ou professionnelles. Dans un mouvement d’écriture répétitif, les trois récits offrent à chaque fois une exposition où chacune bénéficie d’une reconnaissance relative dans son environnement (l’infirmière appliquée, l’étudiante studieuse, la chargée de communication investie) mais où chacune finit inlassablement par se heurter au regard étriqué que les autres posent sur elle (les collègues, les professeurs, la hiérarchie). C’est dans cette friction artificiellement gonflée que Féminin plurielles semble chercher sa substance, enchaînant les scènes qui se voudraient significatives ou symboliques des combats qu’il reste à mener. Mais à force de courir plusieurs lièvres à la fois, le réalisateur ne creuse aucun des portraits qu’il dessine : feignant d’approcher l’ambiguïté des personnages, de scruter les compromis qu’elles acceptent ou refusent au nom de leur propre vérité, le film n’offre jamais rien d’autre qu’une esquisse. C’est d’autant plus problématique pour un personnage comme celui de Douce, auteure d’un acte moralement très ambigu (on pourrait rouvrir le débat suscité par Parle avec elle de Pedro Almodóvar ou bien se questionner sur la réception d’une telle scène si l’homme avait été le soignant et la femme la patiente inconsciente), pour qui le trouble doit vraiment faire partie de l’appréhension d’un tel enjeu.

Du symbolique

S’il évite les écueils du film trop schématique et démonstratif (la plupart des scènes glissent et évitent le tour de force) et qu’il se limite à une mise en scène plutôt impersonnelle et sans aspérité (lumière blafarde, discrets mouvements de caméra, montage transparent), Sébastien Bailly n’en distille pas moins des symboles trop chargés. Le cas le plus probant concerne Hafsia, cachée sous son voile et devant faire face pour ses études à l’extrême sensualité qui se dégage de La Grande Odalisque de Jean-Auguste-Dominique Ingres. Lors de son grand oral, la jeune femme se fond dans le tableau et le commente comme on lirait une fiche Wikipédia : jouant timidement sur les échelles de plans sans jamais réussir à dégager une profondeur de champ vertigineuse, le réalisateur accentue le caractère chétif de la jeune femme face à cette peinture aux accents érotiques qui paraît la dévorer. C’est cette littéralité des enjeux dans leur superposition maladroite – la même qui conduira la chargée de communication à décrire de manière crue à son collègue la nature de sa relation avec la photographe – qui pèse sur ce bien fragile Féminin plurielles. On se retrouve face à un film hybride qui voudrait parler de tout mais ne dit finalement pas grand-chose. Un peu comme s’il avait les épaules bien trop frêles pour aborder les diverses formes de féminité, un sujet bien trop vaste et impossible à circonscrire pour imposer une véritable ligne directrice.