Finding Phong
Finding Phong
    • Finding Phong
    • (Đi Tìm Phong)
    • Vietnam
    •  - 
    • 2016
  • Réalisation : Trần Phương Thảo, Swann Dubus
  • Scénario : Gérald Herman
  • Image : Lê Quốc Phong, Trần Phương Thảo, Swann Dubus
  • Son : Trần Phương Thảo, Franck Desmoulins, Hoàng Thu Thủy
  • Montage : Aurélie Ricard
  • Producteur(s) : Nicole Pham, Gérald Herman
  • Production : Discovery Communications PTE LTD, Ateliers Varan
  • Distributeur : JHR Films
  • Date de sortie : 14 février 2018
  • Durée : 1h32

Finding Phong

Đi Tìm Phong

À l’image de son sujet principal, le documentaire Finding Phong est un objet hybride un peu déconcertant, offrant un point de vue multiple sur le parcours de Phong, jeune Vietnamienne prisonnière de son corps de garçon et qui décide de suivre un processus de changement de sexe en Thaïlande. Débutant à la manière d’un journal intime, le film s’articule autour d’images que la jeune femme a tournées chez elle, dans son intimité : face à la caméra, elle s’épanche comme si sa mère l’écoutait pour tenter de dire combien elle souffre de cette situation depuis sa naissance et qu’elle souhaite aujourd’hui corriger ce qu’elle considère comme une anomalie pour trouver la pleine cohérence de son être. Ces premières images sont empreintes d’une indéniable souffrance : isolée, en demande éperdue d’amour et de reconnaissance, Phong fait de l’outil numérique une expérience cathartique qui lui permet de mettre des mots sur sa solitude et son besoin d’écoute. Les coréalisateurs Tran Phuong Thao et Swann Dubus se sont donc effacés pendant ces quelques mois qui correspondent à l’amorce du projet : il s’agissait de laisser toute la place à la jeune femme pour ne pas en faire un objet de curiosité ni d’étude. Étonnamment, alors qu’on aurait pu craindre que ce dispositif ne tombe dans le voyeurisme, l’impasse existentielle dans laquelle se trouve notre personnage maintient notre regard à juste distance en nous laissant simplement prendre acte du dilemme. Ce début ouvert, dans le sens où il n’indique pas clairement la direction que prendra ensuite le long-métrage, constitue donc une matière brute, un rapport immédiat au sujet qui ne force pas pour autant l’identification.

Contrechamp sociétal

Quelques mois passent et Phong sort progressivement de son état de mal-être pour s’ouvrir un peu plus à la société vietnamienne afin de lui exposer son projet de changement de sexe. Les images enregistrées ne sont plus alors contrôlées par la principale intéressée : c’est à Tran Phuong Thao et Swann Dubus que revient la responsabilité d’accompagner la jeune femme dans diverses scènes d’interaction. Cette dernière se met quasiment en retrait du dispositif, au profit d’un contrechamp saisissant sur une société au carrefour d’évolutions sociétales spectaculaires. Parce que Phong se sent continuellement vulnérable face au regard de l’autre (qu’elle défie pourtant paradoxalement en assumant totalement son choix), elle donne aux gens qui l’entourent une place prépondérante, leur laissant à loisir la possibilité de commenter, discuter, interroger ce choix de changer de genre pour apparaître définitivement aux yeux du monde en tant que femme. Riche de ces nombreuses rencontres, le montage donne à voir une variabilité de points de vue, allant de la perplexité à l’étonnement en passant par la bienveillance. Que ce soit au théâtre de marionnettes où elle travaille, dans les lieux de sociabilité où on la connaît ou bien au sein de sa famille, le film parvient à capter une énergie spontanée qui fait toute la richesse de ce projet protéiforme. Certainement pensé comme un moyen d’instaurer un dialogue pérenne avec les parents âgés de Phong qui vivent dans un petit village du Vietnam, le projet donne parfois l’impression de ne chercher qu’à mettre en exergue la tolérance insoupçonnée dont les proches peuvent faire preuve pour faire de Finding Phong l’étendard d’une cause à défendre.

Vers l’acceptation

Le film atteint sa limite lorsqu’il s’attarde sur le processus médical de transformation physique : si le fait de confronter Phong aux images d’opérations chirurgicales permet d’insister sur le courage que requiert pareil choix (en plus de devoir affronter le regard des autres), ces scènes flirtent avec le passage obligé qui pollue habituellement tous les reportages télé sur la transsexualité et satisfait le voyeurisme du spectateur. C’est que, de l’aveu même de la jeune femme et de ses coréalisateurs, le film finit par devenir au fil du tournage un combat politique au Vietnam qui dépasse le simple cas ici exposé : dans un pays où le conservatisme et l’ignorance vont encore de pair autour du thème de la transsexualité (mais s’il n’y avait que lui…), on comprend bien que l’intention du projet est aussi de faire œuvre de pédagogie, en expliquant dans les moindres détails à ceux qui ont une vision un peu trop exotique de la transsexualité le cheminement sensible qui lui est lié. Sitôt devenue la femme complète qu’elle souhaitait être, Phong continue de se soustraire au film, débutant ainsi une nouvelle vie qui n’a plus lieu d’être commentée face caméra par la principale intéressée. Si les détours sont parfois (trop) nombreux, la construction un peu tributaire de ce que chacun a à dire, Finding Phong n’est rien de moins que le récit d’une émancipation, face aux contraintes que le corps de naissance impose, mais surtout face au regard enfermant de l’autre.

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