From Paris with Love
From Paris with Love
    • From Paris with Love
    • France
    •  - 
    • 2010
  • Réalisation : Pierre Morel
  • Scénario : Adi Hasak, sur une idée de Luc Besson
  • Image : Michel Abramowicz
  • Montage : Frédéric Thoraval
  • Musique : David Buckley
  • Producteur(s) : India Osborne
  • Production : EuropaCorp
  • Interprétation : John Travolta (Charlie Wax), Jonathan Rhys Meyers (James Reese), Kasia Smutniak (Carolina)...
  • Date de sortie : 17 février 2010
  • Durée : 1h33

From Paris with Love

réalisé par Pierre Morel

Que dire de cette énième production boum-boum signée EuropaCorp ? La recette est maintenant connue de tous : Luc Besson au scénario, un exécutant interchangeable parachuté à la réalisation (ici Pierre Morel, mais il pourrait tout aussi bien s’appeler Gérard Pirès, Gérard Krawczyk, Julien Séri…), une histoire qui tient sur un post-it et prétexte à des scènes d’action à n’en plus finir, une musique omniprésente et éreintante. Pour ce From Paris with Love, l’entreprise mercantile s’étoffe : deux têtes d’affiche (John Travolta et Jonathan Rhys Meyers) garantissent la visibilité internationale du film et son rendement maximum. Pour le spectateur en revanche, la garantie qu’on le prenne pour un âne en lui livrant une vision abrutissante du monde qui l’entoure.

James Reese (Jonathan Rhys Meyers) est un homme sérieux qui travaille comme assistant pour l’ambassadeur américain à Paris. Il est régulièrement contacté par les services secrets pour effectuer quelques petites missions. Eh oui, car son rêve, c’est d’être agent secret. Il possède un bel appartement dans un coin cossu de la capitale. Sa petite amie est folle amoureuse de lui, et l’attend le soir pour le séduire ou lui préparer un dîner aux chandelles. Voilà pour le premier quart d’heure du film. Bien sûr, pour éviter que le spectateur ne s’endorme, on le stimule ponctuellement avec des situations éculées, mais censées apporter leur petit lot de suspense. Exemple : Reese est chargé de placer un micro dans le bureau du ministre des affaires étrangères pendant qu’il s’entretient avec l’ambassadeur. Naturellement, le chewing-gum utilisé pour fixer le micro ne colle pas, et Reese doit s’y reprendre à plusieurs fois pour accomplir sa mission. Ouf, on a eu chaud. En rentrant chez lui, il découvre des tâches rouges dans la cage d’escalier. La porte de son appartement est entrouverte. Puis surgit sa petite amie en robe de soirée : « Désolé chéri, en préparant le repas, j’ai fait tomber de la sauce tomate partout ! » Ouf, on a eu peur.

Puis arrive Charlie Wax (John Travolta), avec qui il va devoir faire équipe pour une mission qui, si elle est réussie, lui ouvrira les portes des services secrets. Travolta en fait des tonnes dans le rôle d’un agent spécial, cliché de l’américain raciste qui se croit tout permis, débitant des grossièretés à chaque phrase, aimant les armes et le Royal Cheese (clin d’œil navrant à Pulp Fiction). Le buddy-movie se double alors d’un récit d’initiation au ras des pâquerettes, puisque Reese devra apprendre le métier au contact de Wax, c’est-à-dire s’endurcir tout en ayant l’air « cool » (en prenant un peu de cocaïne par exemple), laisser tomber sa petite amie car l’amour c’est pas pour les durs, et réussir à devenir, à l’image de son compère, un gros bourrin qui foncera dans le tas sans réfléchir. Le film suit alors une logique éprouvée : une scène d’action (fusillade ou poursuite au menu) montée de manière épileptique, des vannes bien grasses, et…et la mission au fait ? On comprend vaguement qu’il y a une histoire de cellule terroriste qui doit être démantelée là-dessous, mais chut, il ne faut pas trop en dire, cela risquerait de devenir trop compliqué pour les simples spectateurs que nous sommes. Ce que l’on est en droit de comprendre, c’est qu’après une demi-heure de fusillade dont les motivations resteront obscures, Besson est capable de relancer l’intrigue avec un rebondissement plat et artificiel, où la petite amie de Reese est démasquée comme étant impliquée dans l’attentat à venir. En gros, le seul rôle féminin relativement important du film est une vilaine séductrice doublée d’une traitresse.

Tout, dans From Paris with Love, est prétexte à chamailleries, à fusillades: un mauvais plat servi dans un restaurant chinois, une bande de jeunes qui provoquent nos deux héros… Tuer est une occupation, une distraction, et les morts s’accumulent sans que l’on comprenne en quoi cela fait avancer l’intrigue. On se croirait dans un jeu vidéo, où il suffirait de tuer le plus de monde possible afin d’arriver au niveau suivant, le tout avec des ralentis stylisés sur des balles qui traversent des têtes et répandent du sang sur les murs. Le tout est empaqueté dans une vision communautariste du microcosme parisien attristante, où l’on doit éliminer des Chinois pour démanteler un trafic de drogue, des Pakistanais proxénètes et fabricants de bombes, et des jeunes de banlieue dealers de cocaïne. L’attentat qui doit être commis durant un sommet entre ambassadeurs sur l’Afrique est perpétré au nom d’un fondamentalisme religieux dont on ne saura pas ce qu’il revendique, mais qui est incarné par une femme voilée et un homme aux traits du Moyen-Orient. Véhiculer de tels clichés dans un film de divertissement est très regrettable, car cela participe à une hiérarchisation néfaste des différentes classes et communautés qui font partie intégrante de notre société. Le cinéma participe à la création d’un imaginaire collectif, et même s’il n’en est pas le seul constituant, il peut très bien contribuer à dissoudre les idées reçues, et participer à la conception d’un espace commun d’échanges et de discussions. Dans From Paris with Love, différentes parties de notre population sont livrées en chair à canon, coincées dans des stéréotypes d’une vision rétrograde et standardisée de l’humanité.

Bien sûr, on pourra toujours relativiser la portée de ce long-métrage, rétorquer que c’est un « buddy movie », un film de genre, un simple divertissement. Mais la désagréable impression laissée par le film se cristallise dans les effets de reconnaissance d’une réalité sociale de notre pays (la crise des banlieues, montée en puissance des communautarismes, amalgame entre islam et terrorisme), renforcée par la présence à l’écran d’un décor reconnaissable par tous : Paris, ses quartiers, sa banlieue. La récupération de ces thématiques au service d’un film qui ne cherche qu’à faire la part belle à un héros aux réparties douteuses (Reese, en pleine fusillade, demande à Wax s’il reste encore beaucoup de Chinois à abattre, il répond : « Au dernier recensement, environ un milliard ») achève de convaincre quant à la démarche opportuniste des producteurs. À ce titre, From Paris with Love est gras et indigeste.

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