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Godzilla Minus One

Godzilla Minus One

de Takashi Yamazaki

  • Godzilla Minus One
  • (ゴジラマイナスワン | Gojira Mainasu Wan)

  • Japon2023
  • Réalisation : Takashi Yamazaki
  • Scénario : Takashi Yamazaki
  • Image : Kôzô Shibasaki
  • Montage : Ryûji Miyajima
  • Producteur(s) : Minami Ichikawa, Keiichiro Moriya, Kenji Yamada, Kazuaki Kishida
  • Production : Toho
  • Interprétation : Ryunosuke Kamiki (Koichi Shikishima), Minami Hamabe (Noriko Oishi), Sakura Ando (Sumiko Ota), Kuranosuke Sasaki (Seiji Akitsu)...
  • Distributeur : Piece of Magic Entertainement France
  • Date de sortie : 17 janvier 2024
  • Durée : 2h04

Godzilla Minus One

de Takashi Yamazaki

La guerre n’est pas finie


La guerre n’est pas finie

Godzilla Minus One présente en apparence tous les atours de l’outsider que l’on a envie de défendre. Accompagné d’une campagne marketing qui martèle son modeste budget (17 millions de dollars) et d’un bouche-à-oreille tonitruant sur les réseaux sociaux, cette « petite production japonaise » se rêve en glorieux retour aux sources. Le film renoue dans cette optique avec la période d’après-guerre, replaçant la figure de Godzilla dans le contexte d’un Japon entamant à peine sa reconstruction. Si l’on s’en tient aux seules apparitions de la créature, le pari se révèle plutôt gagnant. Ainsi de la première scène où la caméra s’approche au plus près du monstre, insistant sur sa capacité à écraser ses victimes sans même s’en rendre compte. Cette dimension du film culmine dans une impressionnante séquence de destruction urbaine qui, servie par la lenteur du montage, nourrit le sentiment que Godzilla fait surtout montre d’une brutalité aveugle, qui renvoie tour à tour à celle d’un raid aérien, ou à la déflagration d’une explosion atomique (provoquée par le fameux rayon laser que sa gueule est capable de cracher). À l’inverse de la tendance à l’anthropomorphisme caractérisant les adaptations américaines, le saurien ne semble jamais guidé par des motivations propres : cette ombre monstrueuse rejoue plutôt les traumatismes liés aux bombardements de l’archipel. En somme, Godzilla s’apparente ici, comme dans le tout premier film de la saga, à la manifestation d’un cauchemar dont les Japonais n’arriveraient pas à se réveiller.

La tentation du réarmement

Les séquences entourant les attaques du monstre s’avèrent malheureusement beaucoup moins convaincantes. Là où le message était on ne peut plus limpide en 1954 (les Japonais ont pour devoir de faire comprendre au monde que les essais nucléaires doivent cesser, pour éviter « qu’un autre Godzilla apparaisse quelque part »), le film de Yamazaki s’engage, assez paradoxalement, dans une entreprise de réhabilitation de l’armée nippone. Du kamikaze déserteur à l’ingénieur ayant œuvré à l’effort de guerre, en passant par le jeune homme qui aurait voulu être en âge de défendre son pays, les personnages se trouvent tous, à leur manière, engagés dans divers processus de rédemption impliquant de reprendre les armes. Se dessine au fil de leurs péripéties l’idée que le redressement du pays nécessiterait de surmonter, une bonne fois pour toute, le déshonneur de la défaite. « La guerre n’est pas finie » ne cesse-t-on de répéter, à la fois pour illustrer le sort qui s’acharne sur le pays après la reddition et l’opportunité d’une possible victoire finale. En plus de constituer un véritable contresens envers l’esprit pacifiste des origines de la saga, ce positionnement quelque peu réactionnaire ne s’assume pas pleinement, dissimulant ses accents militaristes derrière un hymne à la vie hypocrite. Si le kamikaze fait par exemple le choix de survivre lors de l’ultime bataille, son honneur reste sauf car ses camarades croient qu’il s’est réellement sacrifié. Quant à la romance rapidement esquissée dans la première partie, elle ne parvient jamais à prendre forme, le film abandonnant purement et simplement son principal personnage féminin en cours de route. Malgré de belles scènes spectaculaires, le retour aux sources proposé par Godzilla Minus One n’est pas sans cultiver une petite musique rétrograde.

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