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    • Belgique
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    • 2016
  • Réalisation : Fien Troch
  • Scénario : Fien Troch, Nico Leunen
  • Image : Frank Van den Eeden
  • Décors : Jef Peremans
  • Costumes : Judith Van Herck, Valerie Le Roy
  • Son : Kwinten Van Laethem, Michel Schöpping
  • Montage : Nico Leunen
  • Musique : Johnny Jewel
  • Producteur(s) : Antonino Lombardo, Jacques-Henri Bronckart, Olivier Bronckart
  • Production : Prime Time, Versus Production
  • Interprétation : Sebastian Van Dun (Kevin), Mistral Guidotti (John), Loïc Bellemans (Sammy), Lena Suijkerbuijk (Lina)...
  • Distributeur : JHR Films
  • Date de sortie : 13 septembre 2017
  • Durée : 1h43

Home

réalisé par Fien Troch

À quoi est dû l’étonnement langui suscité par Home, quatrième long métrage de Fien Troch, jeune réalisatrice belge repartie avec le Prix Orizzonti de la meilleure mise en scène lors de la Mostra de Venise 2016 ? Sans doute à peu de choses tant le fil ténu que déploie la cinéaste peut déconcerter par sa sécheresse d’apparat et sa tonalité lugubre… mais c’est que le feu brûle sous la glace dans ce récit fragmenté autour de l’égarement de quelques adolescents dans une banale ville de province aussi morne que leur quotidien. Ces lycéens n’ont pour eux que leur jeunesse effrontée à opposer à leurs parents tout aussi perdus dans une vie standardisée de classe moyenne – leur jeunesse à opposer, mais aussi leur jeunesse à offrir au regard et à la caméra de Fien Troch qui réussit  à mettre en scène des séquences aboutissant à un sentiment de pur présent souvent sidérant. Home fascine ainsi par sa capacité à documenter avec distance et justesse l’ennui et les affres de ces protagonistes saisis dans l’instant, abrogeant, par la vérité des scènes attrapées, cette frontière habituellement figée entre documentaire et fiction.

Troubles de son image

Home alterne ainsi scènes de classe, déambulations dans les rues et conflits internes à chaque famille. Si Fien Troch se concentre, par sa narration en forme de mosaïque, sur une poignée d’adolescent, la cinéaste réussit paradoxalement à décrire, par touches délicates, la vie de cette petit communauté en n’excluant pas pour autant les adultes de ses préoccupations. Malgré le fait qu’ils soient relégués au second plan du film, ces derniers trouvent, par la force d’incarnation des acteurs, une place primordiale dans la densité psychologique du film – même si Troch, dans son approche, échappe aux écueils habituels sur la permanente culpabilité oppressante des parents dans la vie de tout adolescent digne de ce nom. C’est que chaque protagoniste charrie son lot de paradoxes et d’aliénations – à l’instar du jeune Kevin récemment sorti de prison et qui apprendra, au fil d’altercations éphémères, à contenir sa rage rebelle ou encore à l’image de cette relation incestueuse que subit John. Home s’avance alors, nappé d’une musique électronique à la tonalité mélancolique, comme si le film dérivait sans but précis, attiré seulement par la présence de ces jeunes acteurs. Le rythme ainsi induit par le montage s’esquisse à l’image de ces séquences mélangeant les prises du tournage reprises par les vidéos des téléphones des jeunes, rajoutant ainsi un vertige troublant sur la véracité des scènes : c’est à ce jeu de l’image qu’on donne de soi que Fien Troch s’avère la plus habile, décrivant la vie de ces protagonistes comme une perpétuelle quête d’identité – identité dès lors diffractée par le flux des images créé par les nouvelles technologies. Et c’est finalement un certain rapport coupé du réel que Home s’échine avec élégance à décrire, jusqu’à un acte meurtrier reconfigurant les relations au sein de ce petit groupe. C’est l’intelligence de cette bascule qui finit par fasciner, tant l’audace de ce revirement laisse craindre le pire mais permet in fine au film de toucher au cœur en s’arrêtant précisément là où tant d’œuvres commenceraient. On comprend alors que le « Home » du titre suggère moins un retour à la maison qu’un retour à l’innocence de l’enfance, là où la tendresse du monde semble infini.

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