© Metropolitan Filmexport
Horizon, une saga américaine — Chapitre 1

Horizon, une saga américaine — Chapitre 1

de Kevin Costner

  • Horizon, une saga américaine — Chapitre 1
  • (Horizon: An American Saga – Chapter 1)

  • États-Unis2024
  • Réalisation : Kevin Costner
  • Scénario : Jon Baird, Kevin Costner, Mark Kasdan
  • Image : J. Michael Muro
  • Décors : Derek R. Hill
  • Costumes : Lisa Lovaas
  • Son : Harry Cohen
  • Montage : Miklos Wright
  • Musique : John Debney
  • Producteur(s) : Kevin Costner, Mark Gillard, Howard Kaplan
  • Production : New Line Cinema, Territory Pictures Entertainment, Warner Bros.
  • Interprétation : Kevin Costner (Hayes Ellison), Sienna Miller (Frances Kittredge), Sam Worthington (Trent Gephart), Jena Malone (Ellen Harvey)...
  • Distributeur : Metropolitan Filmexport
  • Date de sortie : 3 juillet 2024
  • Durée : 3h01

Horizon, une saga américaine — Chapitre 1

de Kevin Costner

Échec d’anthologie


Échec d’anthologie

L’ambition d’Horizon, une saga américaine rappelle celle de productions hollywoodiennes d’un autre âge, comme La Conquête de l’Ouest : bâtir, à travers plusieurs lignées et générations, une grande fresque chorale sur la colonisation du Far West. Si le film à sketchs signé Henry Hathaway, John Ford et George Marshall s’étendait déjà sur près de trois heures, il ne s’agit ici que d’un premier chapitre, qui sera bientôt suivi (en septembre, puis courant 2025) de trois autres pour un total de plus de dix heures. Ce n’est guère un hasard si cette durée record évoque davantage celle d’une série télévisée ; à l’avenant, la construction du film explore des trajectoires parallèles qui ne convergeront qu’au prochain volet – si l’on en croit un long teaser final, qui rappelle les petites bandes-annonces ponctuant les vieux soap, pour inviter les spectateurs à revenir la semaine suivante. Qu’il s’agisse du cow-boy justicier campé par Kevin Costner, flanqué d’une jeune femme et d’un bébé sous sa protection, des survivants d’une attaque d’Indiens ou d’une caravane de pionniers, les personnages d’Horizon se contentent pour le moment d’avancer sans se croiser au sein d’un montage typiquement sériel qui jongle entre différents protagonistes pour maintenir l’attention du spectateur.

Cette logique feuilletonnante dilapide rapidement l’ambition épique du film au profit d’une succession de vignettes anecdotiques – l’enlisement du récit dans de laborieuses séquences de dialogue ressemble même par moments à du remplissage. On s’étonnerait presque que cette longue introduction ait trouvé son chemin jusqu’aux salles de cinéma, tant elle obéit à plusieurs carcans formels et narratifs des films ou séries de plateformes ; le film enchaîne ainsi des plans moyens impersonnels à la texture numérique particulièrement lisse, baignés d’une soupe musicale quasi-continue. Cette mise en scène arthritique ne s’éveille pas davantage lors des séquences plus mouvementées – notamment le long massacre des colons survenant durant la première heure, d’une étonnante mollesse – qui évoquent davantage une reconstitution figée qu’une épopée historique.

Paradoxalement, Horizon relève autant d’un formatage télévisuel très contemporain que d’une peinture archaïque et datée de l’Ouest américain. Derrière sa diversité de façade, le film rejoue sans trop ciller l’indéfectible brutalité des Indiens face aux colons martyrs, ou encore la virilité taiseuse des cow-boys (cf. une longue séquence embarrassante dans laquelle le personnage de Costner se voit courtisé par celui d’Abbey Lee Kershaw, de trente ans sa cadette). À l’image de ces représentations d’un autre temps (les figures féminines ne sont d’ailleurs là que pour être sauvées ou observées à demi-nues), rien de très neuf ou de singulier ne se dégage d’Horizon, film tourné vers le passé dont la démarche tient finalement d’une anthologie des lieux communs du western : saccage d’une colonie, routine d’un fort militaire, conseil de guerre indien, attaque de diligence (annoncée pour un prochain volet)… La sincérité de son attachement à cette mythologie n’y change pas grand-chose : Kevin Costner réduit ici le Far West à une toile poussiéreuse.

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