À première vue, Il pleut dans la maison s’inscrit dans le champ bien identifié des films de vacances, où les temps morts s’accompagnent d’une relative suspension du récit pour faire ressentir le parfum de l’été. Délaissés par une mère alcoolique, Purdey, dix-sept ans, et son frère Makenzy, quinze ans, sont livrés à eux-mêmes au début du mois de juillet : l’aînée espère quitter l’étouffant foyer familial en faisant des ménages dans un complexe hôtelier, tandis que le cadet comble son ennui en volant des touristes. Si le premier long-métrage de fiction de Paloma Sermon-Daï repose bien sur une narration flottante, composée d’une multitude de micro-actions plus ou moins indépendantes, son écriture est plus verrouillée qu’il n’y paraît, la faute à une succession de situations sursignifiantes qui ramènent schématiquement chaque séquence à la condition sociale de ses protagonistes. La morosité de cette famille désunie est lourdement soulignée dès le début du film dans une scène de repas attendue, où un découpage archétypal isole les personnages dans leurs cadres. Makenzie essaie de boire la bière de sa mère sous le regard réprobateur de sa sœur, avant qu’ils ne finissent tous par fumer une cigarette en silence, une fois leur plat de spaghettis terminé… La séquence semble uniquement s’articuler autour de cette concentration presque grotesque de marqueurs sociaux, exhibés comme autant de signes à lire sur un mode sociologique et qui finissent par produire un surplomb désagréable vis-à-vis des personnages[1]En dépit de la proximité qui lie la cinéaste à ses deux jeunes comédiens – il s’agit de sa nièce et de son neveu..
À ce titre, Il pleut dans la maison se distingue de plusieurs premiers films découverts l’an dernier (Fifi, Super bourrés, ou dans une certaine mesure Grand Paris), dans lesquels le temps libre de la période estivale était investi par les personnages pour inventer leurs propres fictions et dépasser leur condition. Au contraire, le récit prend ici la forme d’une multitude de petits faits déliés les uns des autres, d’une poignée de vignettes aux durées standardisées qui voient Makenzie voler un vélo puis de l’alcool, jouer à des jeux vidéo ou essayer de vendre de la drogue… Cette succession revient à assigner au personnage un discours sociologique qui le prédestine et le prive de sa capacité d’action. La cinéaste a la main encore plus lourde lorsqu’elle en vient à filmer deux « fils à papa » – le petit ami de Purdey et un jeune touriste rencontré par Makenzie –, dont la seule fonction consiste à jeter leur mépris de classe aux visages des protagonistes par l’entremise de dialogues embarrassants. En définitive, Paloma Sermon-Daï ne réussit jamais à approcher la singularité irréductible de ces laissés-pour-compte ; même lorsque Purdey fume silencieusement une cigarette entre deux ménages, il faut que ses collègues au premier plan discutent du dernier écart de conduite de Makenzie, ne laissant à la jeune femme pas la moindre seconde de liberté.
Notes
| ↑1 | En dépit de la proximité qui lie la cinéaste à ses deux jeunes comédiens – il s’agit de sa nièce et de son neveu. |
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