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Imago
  • Imago

  • France, Belgique2025
  • Réalisation : Déni Oumar Pitsaev
  • Scénario : Déni Oumar Pitsaev, Mathilde Trichet
  • Image : Sylvain Verdet, Joachim Philippe
  • Montage : Laurent Sénéchal, Dounia Sichov
  • Distributeur : New Story
  • Date de sortie : 22 octobre 2025
  • Durée : 1h49

Tout contre les siens


Tout contre les siens

En épousant une trajectoire à première vue autocentrée, Imago suit le retour au pays contrarié de Déni Oumar Pitsaev, cinéaste d’origine tchétchène qui envisage de bâtir une maison extravagante au Pankissi, en Géorgie. Dans cette région où les siens se sont exilés depuis les années 1990 mais où il n’a jamais vécu lui-même, sa mère a acheté un terrain afin qu’il puisse y fonder un foyer. Cet objectif familial, le documentariste le fait miroiter sans vraiment y croire : Déni sait que son projet de construction – une maison en forme de cabane pour enfants – va détonner dans le paysage. Le film multiplie les scènes de retrouvailles et de discussions où il apparaît autant à l’intérieur de la communauté tchétchène qu’en décalage avec elle. Le cinéaste, qui vit entre Bruxelles et Paris, affiche une masculinité non traditionnelle, revendique l’absence de désir quant à l’idée de fonder une famille et occupe une position paradoxale : celle d’un étranger à l’intérieur de son propre film. La plastique doucereuse des images, où le flou de la longue focale abstrait l’espace et entoure les figures d’un voile cotonneux et mélancolique, dissimule à peine la profonde dureté de ce qui se joue à l’écran, à savoir le portrait d’un jeune homme déraciné depuis l’enfance qui constate la distance le séparant désormais de sa communauté d’origine. Le film se met au diapason de ce tiraillement identitaire en entretenant l’hybridité de son dispositif, entre le documentaire immersif (la plongée dans un territoire singulier) et performatif (le tournage est le résultat d’une répétition, en témoigne la multiplication des angles de vue afin de filmer une simple scène de dialogue).

S’il est difficile de circonscrire totalement les contours d’Imago, c’est que son véritable enjeu – la confrontation de Pitsaev avec son père – reste dans un premier temps en retrait, ou du moins maintenu dans un hors-champ imposé au cinéaste. Le film s’ouvre sur un plan où Déni, plongé dans la pénombre, apprend au téléphone que son père, qui ne l’a pas vu grandir et vit aujourd’hui à Moscou, ne pourra se rendre tout de suite au Pankissi. Le père manque donc une fois de plus à son devoir et le film met de côté cette question, pour mieux l’affronter dans un second temps. C’est un peu comme si l’apparition différée de cette figure expliquait les tergiversations de Déni : entamer ou abandonner la construction de sa maison fantasque ? Rester au Pankissi ou repartir en Belgique ? En vérité, toute l’entreprise n’était qu’un alibi pour prendre au piège le paternel, dont l’attachement aux traditions est en contradiction avec la personnalité de Déni. Lorsque père et fils se retrouveront enfin sous le prétexte de découvrir le projet, le premier n’aura d’autre choix que de répondre de ses manquements envers le second, et Déni d’apaiser ses traumatismes (père absent, guerre et exil).

Imago trouve à cet endroit sa plus belle scène – un bloc d’une vingtaine de minutes autour duquel tout le film semble avoir été bâti. La confrontation entre Déni et son père a lieu dans une forêt où la caméra a du mal à trouver sa place ; le feuillage et les branches recouvrent les corps de plusieurs lignes floues à l’avant-plan, figurant le maillage complexe dans lequel les deux personnages échangent et se perdent peu à peu. Dans cette grande toile intime, l’araignée Déni ne parvient pas à capturer sa proie, fuyante et insaisissable, car enracinée dans ses principes et (sans mauvais jeu de mots) son déni. La scène s’étire et pourrait durer plus longtemps encore, tant les nœuds que le cinéaste pensait défaire ne cessent de se resserrer. Prévue en amont et mue par une forme d’idéalisme (le cinéma comme un moyen de panser ses plaies), elle bute face au caractère indémêlable du réel. D’un point de vue émotionnel, la situation est d’une grande précision : si elle cherche à clarifier une relation, elle se révèle encore plus complexe que prévu. D’un point de vue documentaire, elle est d’une beauté sidérante, le volontarisme du dispositif s’ouvrant alors pleinement à la dimension insoluble de ce récit d’exil et de retour impossible.

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